Le printemps n’est pas là, mais l’été commence déjà dans les têtes

À Saint-Étienne, le mercato n’attend jamais vraiment la fin de saison. Il se glisse dans les conversations dès que le classement s’éclaircit, dès que deux victoires remettent de la lumière, dès que l’idée de Ligue 1 redevient autre chose qu’un souvenir. Et l’été 2026 a un parfum particulier: celui d’un carrefour. Continuer avec un groupe qui a appris à gagner en Ligue 2, ou remodeler pour éviter l’éternel piège du promu qui monte avec ses certitudes… et redescend avec ses regrets.

La première ligne du dossier, ce sont les fins de contrat et les prolongations. Ce n’est pas glamour, mais c’est là que se joue la cohérence d’un effectif. Un club qui veut construire ne peut pas se permettre d’arriver en juin avec trop de zones grises, surtout sur des postes sensibles. Gardien, latéraux, milieu: l’ASSE a déjà des questions ouvertes, et elles ne se résoudront pas toutes avec une causerie d’avant-match.

La deuxième ligne, ce sont les options d’achat et les paris récents. Certains profils ont déjà donné des signaux forts en Ligue 2, au point de ressembler à des évidences… dans ce championnat. Le piège, c’est justement ce “dans ce championnat”. La Ligue 1 ne pardonne pas les approximations, surtout dans les couloirs et dans la gestion des transitions. Lever une option d’achat peut être une excellente idée, mais seulement si le joueur correspond au niveau visé, pas seulement au niveau atteint.

La troisième ligne, c’est la profondeur. Monter, c’est bien. Monter avec un banc, c’est mieux. La Ligue 1 impose un rythme, une intensité, une répétition des efforts qui transforment les “bons titulaires de Ligue 2” en “remplaçants utiles” du jour au lendemain. Et c’est là que le chantier devient délicat: renforcer sans casser l’ossature, ajouter de la qualité sans empiler des noms, garder une identité sans se condamner à l’innocence.

Dans ce contexte, plusieurs postes ressortent avec une évidence presque brutale. Les latéraux, d’abord. L’ASSE a bricolé, parfois intelligemment, parfois par nécessité. Mais bricoler en Ligue 1, c’est souvent bricoler avec une mèche allumée. Il faudra des solutions stables, capables de défendre en un contre un, de répéter les courses, et de ne pas transformer chaque centre adverse en séance de panique collective.

Le poste de gardien, ensuite, reste un sujet sensible. Ce n’est pas une condamnation, c’est un constat: en Ligue 1, le gardien te fait gagner des points. En Ligue 2, il peut surtout t’éviter d’en perdre. La nuance est fine, mais elle coûte cher. Si l’ASSE monte, elle devra décider si elle veut sécuriser ce poste avec une concurrence plus forte, ou si elle estime que l’équilibre actuel suffit. Probable qu’une réflexion sérieuse soit déjà engagée. Incertain, en revanche, de savoir quelle direction sera choisie tant que la division de la saison prochaine n’est pas verrouillée.

Au milieu, l’ASSE a retrouvé de la densité et des profils capables de tenir un match, de presser, de répéter. Mais la Ligue 1 demande aussi de la résistance au pressing adverse, de la justesse sous contrainte, et une capacité à ne pas rendre le ballon au bout de deux passes. Là encore, l’été 2026 devra trancher: qui est un titulaire de projet, qui est un joueur de rotation, qui est un joueur à prêter pour grandir, et qui est un joueur à laisser partir pour libérer de la place et du salaire.

Et puis il y a l’attaque, toujours la plus visible, donc la plus injuste. Un buteur, c’est un compteur. Mais une attaque, c’est un système. Si l’ASSE veut exister plus haut, elle devra garder des joueurs capables de faire des différences, mais aussi ajouter des profils qui transforment les temps forts en buts, et les demi-occasions en points. Parce qu’en Ligue 1, on ne gagne pas souvent en marquant “quand ça veut bien”.

Le plus ironique, dans tout ça, c’est que l’ASSE n’a pas besoin d’un mercato “bling”. Elle a besoin d’un mercato lucide. Un mercato qui accepte une vérité: certains joueurs ont été précieux pour relancer la machine, mais ne seront peut-être pas ceux qui la feront tourner à 200 km/h. C’est dur, c’est parfois ingrat, et c’est exactement ce qui sépare les clubs qui s’installent de ceux qui font des allers-retours.