Le Chaudron n’attend pas une victoire, il attend une preuve

Samedi 21 février 2026, 20h, Geoffroy-Guichard. ASSELaval. Sur le papier, c’est une soirée classique de Ligue 2. Dans la réalité, c’est un examen. Pas celui du “peut-on gagner?”, mais celui du “peut-on contrôler?”. Parce que Saint-Étienne arrive avec deux victoires dans les jambes, un vestiaire qui respire mieux, et cette petite musique qui revient: quand les Verts marquent vite, tout paraît simple… jusqu’au moment où ça ne l’est plus.

Le décor est posé depuis longtemps: Laval n’est pas un nom qui fait trembler les murs du musée, mais c’est exactement le genre d’adversaire qui adore transformer un match confortable en soirée à ongles rongés. Et l’ASSE, elle, sort d’un succès à Guingamp (2-1) qui a rapporté gros, mais qui a aussi rappelé une vérité cruelle: on peut être efficace, et quand même finir en apnée.

Le premier enjeu, c’est donc la maîtrise. Pas la possession pour la possession, pas le contrôle façon “on se fait des passes pour se rassurer”. La maîtrise utile: savoir quand accélérer, quand calmer, quand faire mal, et surtout quand ne pas redonner vie à l’adversaire. À Guingamp, les Verts ont frappé tôt, puis ont dû tenir. À domicile, face à Laval, la marche suivante s’appelle “tuer le match” sans se renier.

Le deuxième enjeu, c’est la continuité. Philippe Montanier n’a pas débarqué avec une baguette magique, mais avec une idée simple: remettre des repères, remettre des rôles, remettre une équipe dans un cadre. C’est souvent moins spectaculaire qu’un grand soir tactique, mais c’est ce qui fait gagner des points en février. Et en Ligue 2, février, c’est le mois où les équipes qui montent arrêtent de se raconter des histoires.

Le troisième enjeu, c’est le Chaudron lui-même. Il peut porter, il peut aspirer, il peut aussi s’impatienter. L’ASSE a besoin d’un Geoffroy-Guichard qui pousse, pas d’un Geoffroy-Guichard qui soupire au premier contrôle raté. La nuance est fine, mais elle change tout: dans un match où l’ASSE sera attendue, la gestion émotionnelle compte autant que le plan de jeu.

Sur le terrain, plusieurs points méritent une loupe. D’abord, la solidité défensive: la charnière a pris de l’épaisseur ces dernières semaines, mais l’équipe a encore des moments où elle recule trop bas, trop vite, et s’expose à une séquence de centres, de deuxièmes ballons, de corners. Ensuite, les couloirs: si les latéraux continuent d’être un poste “hybride” dans l’effectif, il faudra que l’équilibre collectif compense, surtout quand Laval cherchera à étirer le bloc et à provoquer des duels.

Enfin, il y a la question de l’efficacité offensive. À Guingamp, Zuriko Davitashvili a fait le boulot, et même deux fois. Mais l’ASSE ne peut pas vivre uniquement sur des éclairs. Elle doit installer des temps forts, multiplier les situations, et éviter ce scénario trop connu: un but d’avance, puis une longue attente du coup de sifflet final. À domicile, contre Laval, l’ASSE a l’occasion de transformer une dynamique en certitude. Probable, si l’équipe garde la tête froide. Incertain, si elle retombe dans le réflexe de gestion anxieuse.

Ce match, au fond, raconte une chose: Saint-Étienne n’a pas besoin d’un miracle. Elle a besoin d’un match propre. Un match adulte. Un match où l’on gagne sans se faire peur pour le plaisir de se prouver qu’on sait souffrir. Souffrir, c’est utile. Mais souffrir tout le temps, c’est une mauvaise habitude.