Il y a des joueurs qui courent, des joueurs qui frappent, et puis il y a ceux qui donnent un sens à ce que font les autres. À Guingamp, l’ASSE a eu un aperçu de cette troisième catégorie. Augustine Boakye, recentré, a offert aux Verts un point d’appui dans l’axe, une zone où Saint-Étienne a trop souvent joué sans boussole cette saison. Résultat: une première période plus fluide, plus verticale, plus dangereuse. Et, forcément, une question qui s’impose: pourquoi s’en priver?

Le match de Roudourou a montré ce que Boakye peut apporter quand il n’est pas collé à une ligne ou enfermé dans un rôle de simple accélérateur. Dans l’axe, il touche plus de ballons utiles. Il peut se retourner, combiner, attirer un adversaire et libérer un couloir. Il peut aussi, détail qui compte, participer à la première relance quand l’équipe est sous pression. Ce n’est pas un “10” à l’ancienne, celui qui marche en attendant la passe. C’est un joueur de liaison, un connecteur. Et dans une Ligue 2 où les matches se gagnent souvent au rythme, c’est une arme.

Ce repositionnement n’est pas une coquetterie tactique. Il colle à une réalité d’effectif. Saint-Étienne a des ailiers, des attaquants, des profils de percussion. Mais elle a manqué, trop souvent, d’un joueur capable de faire le lien entre le milieu et l’attaque sans que tout passe par des centres ou des transitions brouillonnes. Boakye peut être ce lien. À condition de l’entourer correctement, et de lui donner des partenaires capables de courir pour lui, pas seulement avec lui.

Le défi: garder la main quand le match se retourne

Évidemment, tout n’a pas été parfait. Après la pause, l’ASSE a subi. Et quand une équipe subit, le joueur axial devient soit un sauveur, soit un isolé. À Guingamp, Boakye a parfois manqué de solutions proches pour ressortir proprement. Ce n’est pas uniquement son problème: c’est celui d’un collectif qui, dès que l’adversaire appuie, a tendance à s’étirer, à perdre ses distances, à jouer trop long. Le chantier Montanier est là: apprendre à l’équipe à respirer ensemble, pas chacun dans son coin.

La bonne nouvelle, c’est que l’idée semble cohérente. Elle a produit du jeu, des situations, et elle a mis en valeur d’autres cadres offensifs. Davitashvili a marqué deux fois, Cardona a pesé, Stassin a provoqué un penalty et a existé dans le jeu même si son compteur reste capricieux. Boakye, lui, a donné une structure à tout ça. Ce n’est pas une garantie de montée, ni une formule magique. Mais c’est un bouton “play” que l’ASSE cherchait depuis un moment. Et quand on l’a sous la main, on évite de le laisser prendre la poussière.