À Saint-Étienne, la formation est une religion. Le problème, c’est qu’une religion n’inscrit pas de joueurs sur la feuille de match. Elle donne une identité, oui. Elle nourrit une fierté, évidemment. Mais elle doit surtout produire. Et ces derniers temps, la question revient avec une petite musique qui gratte: l’ASSE est-elle encore un club formateur qui compte, ou un club formateur qui se raconte?
Le sujet n’est pas de nier l’histoire. Elle est immense. Elle est même un argument de vente permanent. Mais le football a changé: les clubs riches aspirent les meilleurs profils plus tôt, plus vite, plus loin. Et les clubs bien organisés, même sans être des ogres financiers, optimisent leur réseau, leur scouting, leur accompagnement, leur passerelle vers les pros. Rennes, Auxerre, Le Havre… ce ne sont pas des États pétroliers. Ce sont des clubs qui ont fait de la formation une industrie de précision.
À l’ASSE, Laurent Huard pilote le centre depuis 2021, avec un projet que le club a publiquement soutenu et structuré. Le discours officiel insiste sur la continuité, l’organisation, les groupes de travail, et l’idée que la formation reste un socle du projet sportif. Ce n’est pas du folklore: c’est une ligne directrice affichée. Mais l’affichage ne suffit pas. La question, la seule qui compte, c’est la sortie: combien de joueurs arrivent réellement au niveau pro, combien s’installent, combien deviennent des actifs sportifs et économiques.
Le vrai match: la passerelle vers les pros
Le nerf de la guerre, ce n’est pas seulement de repérer un U15 prometteur. C’est de le transformer en joueur de haut niveau, puis de lui ouvrir une porte. Et cette porte, elle se situe entre la réserve, les prêts, et l’équipe première. Là où beaucoup de clubs perdent des talents par manque de plan clair. Là où l’ASSE a parfois donné l’impression d’hésiter: on lance, on retire, on relance, on change de coach, on change de système, et le jeune finit par devenir un “potentiel” qui s’épuise.
Il y a aussi un autre point, plus acide, mais nécessaire: la concurrence ne se contente plus d’être riche, elle est compétente. Le Havre, par exemple, a bâti une réputation mondiale avec des moyens limités, en sortant des profils qui deviennent des internationaux. Ce n’est pas un accident. C’est une méthode. Et c’est exactement ce que l’ASSE doit retrouver: une méthode qui survit aux saisons, aux entraîneurs, aux modes.
Le débat actuel a au moins une vertu: il oblige le club à se regarder sans filtre. L’ASSE a des arguments, une histoire, une base, des infrastructures, une identité. Mais elle doit redevenir une référence par les faits, pas par la nostalgie. Probable que le club ait déjà remis des choses en place, et certaines saisons récentes du centre ont été présentées comme positives. Reste à transformer cette dynamique en production régulière de joueurs capables de tenir la Ligue 1. Parce que c’est là, au fond, que se mesure un centre: à sa capacité à alimenter le haut niveau, pas à alimenter les conversations.