Il y a des soirées où la Ligue 2 ressemble à un embouteillage sur l’A47: tout le monde freine, personne n’accélère, et celui qui klaxonne au bon moment passe. Ce samedi 14 février 2026, l’ASSE a exactement ce rôle-là à endosser. Les résultats du haut de tableau ont laissé une fenêtre. Pas une baie vitrée. Une fenêtre. Et à ce niveau, si tu ne l’ouvres pas, elle se referme sur les doigts.

Le contexte est simple: le classement est serré, les concurrents se neutralisent, et Saint-Étienne n’a pas besoin d’un miracle, juste d’une série propre. Le problème, c’est que la saison a déjà consommé pas mal de “jokers”. Trop de points lâchés contre des équipes abordables, trop de matchs où l’ASSE a donné l’impression de jouer avec le frein à main… puis de s’étonner que ça sente le chaud. Ce n’est pas nouveau, mais c’est précisément ce qui rend cette soirée au Roudourou si précieuse: elle peut transformer une course pénible en poursuite excitante.

Guingamp, en face, n’est pas un décor. C’est un match de Ligue 2, donc un match où l’on te demande d’être adulte: gagner les duels, accepter les temps faibles, et ne pas confondre maîtrise et somnolence. L’ASSE version Montanier a montré contre Montpellier qu’elle savait travailler sans ballon, fermer les espaces, tenir une ligne. Très bien. Maintenant, il faut la suite: être capable de faire mal quand l’occasion se présente, sans attendre la 89e minute et une inspiration tombée du ciel.

Ce match-là, il ne se raconte pas seulement en “obligation de victoire”, formule usée jusqu’à la corde. Il se raconte en opportunité concrète. Une victoire et Saint-Étienne recolle au wagon de tête, avec la sensation que la montée n’est pas un fantasme mais un plan. Un nul, et l’ASSE reste dans le coup, mais avec ce goût de rendez-vous manqué qui colle aux crampons. Une défaite, et là, ce n’est plus une course: c’est une randonnée avec sac à dos, et le sommet s’éloigne à chaque pas.

La montée ne se mérite pas, elle se prend

La Ligue 2 ne couronne pas l’équipe la plus élégante. Elle récompense celle qui sait empiler les points quand le championnat lui tend la main. Cette saison, aucune équipe ne semble écraser le championnat. Tant mieux pour le suspense, tant pis pour ceux qui aiment les certitudes. Pour l’ASSE, c’est une chance rare: même avec des trous d’air, tout reste rattrapable. Probable, même, si la dynamique s’installe. Mais rien n’est automatique: l’irrégularité stéphanoise est un fait, pas une opinion, et elle a déjà coûté cher.

Alors ce soir, l’enjeu dépasse Guingamp. C’est un test de maturité. Profiter d’une journée favorable, c’est ce qui sépare une équipe qui monte d’une équipe qui “aurait pu”. Et dans le football, “aurait pu”, c’est le cousin pauvre de “a fait”.

À Montanier et à ses joueurs de choisir le scénario. L’ASSE n’a pas besoin d’un match parfait. Elle a besoin d’un match sérieux, tranchant, assumé. Un match où l’on ne sort pas en expliquant que “ce n’est pas si mal”. Parce que ce soir, justement, ce n’est pas le moment d’être “pas si mal”. C’est le moment d’être là.