La confiance, oui. Le compteur, surtout.

Un avant-centre, c’est un métier étrange. On lui demande d’être généreux, de presser, de peser, de jouer dos au but, de faire briller les autres. Et puis, au moment de faire le bilan, on ouvre une seule colonne: buts. Le reste, c’est de la littérature. À l’ASSE, Lucas Stassin est exactement dans cette zone grise: présent dans l’effort, utile dans certaines séquences, mais rattrapé par une réalité qui ne négocie pas.

Le problème, ce n’est pas seulement la maladresse. C’est l’effet domino. Quand un buteur ne marque pas, il force. Quand il force, il se crispe. Quand il se crispe, il disparaît par séquences, notamment en deuxième période, là où les matches de Ligue 2 se décident souvent sur un détail, une transition, un ballon qui traîne. Et l’ASSE, cette saison, a trop souvent vécu avec cette sensation: dominer sans tuer, puis trembler pour un rien.

Dans ce contexte, Josh Duffus devient une tentation. Pas forcément parce qu’il est la solution miracle, mais parce qu’il représente l’alternative. Et une alternative, dans un groupe, ça remet tout le monde en mouvement. Duffus a montré qu’il pouvait apporter de l’impact, de la présence, une capacité à attaquer la surface avec plus de brutalité. Le mot n’est pas péjoratif: en Ligue 2, la surface est un endroit où il faut parfois être un peu brutal, justement.

Montanier, lui, marche sur une ligne fine. Il doit relancer Stassin sans le protéger comme une porcelaine. Il doit utiliser Duffus sans en faire un totem du “changement pour le changement”. Et surtout, il doit éviter le piège classique: croire qu’un buteur se “soigne” uniquement avec du temps de jeu. Parfois, il se soigne avec un but. Parfois, il se soigne avec une entrée de vingt minutes bien ciblée. Parfois, il se soigne avec une concurrence claire, assumée, qui dit: ici, personne n’a de joker illimité.

Le match de Guingamp, samedi 14 février 2026 à 20h, arrive comme un révélateur. Parce que l’ASSE va devoir voyager, tenir, et probablement accepter des temps faibles. Dans ce type de match, l’avant-centre est un baromètre: s’il garde des ballons, l’équipe respire. S’il les rend trop vite, l’équipe recule. Et s’il marque, tout le monde oublie le reste, ce qui est injuste… mais très pratique.

Ce qui est probable, c’est que Montanier continue de s’appuyer sur Stassin au départ, pour ne pas casser la dynamique de confiance qu’il tente d’installer depuis Montpellier. Ce qui est incertain, c’est la durée de ce crédit si le match se répète: une première période correcte, puis une seconde où l’ASSE cherche son numéro 9 comme on cherche ses clés un lundi matin.

Le buteur n’est pas un poète, c’est un comptable. Il additionne, il valide, il clôture. Stassin a encore le talent pour le faire. Duffus a l’envie de prendre la place. Montanier, lui, a une mission simple à formuler et compliquée à exécuter: retrouver un avant-centre qui transforme les occasions en points. Le reste, on le racontera après.