Le couloir, ce juge de paix qui ne pardonne rien
On peut discuter d’un numéro 10 pendant des heures, philosopher sur l’intensité, refaire le monde à partir d’un pressing raté. Mais en Ligue 2, il y a une vérité qui revient toujours, brutale, sans fioritures: si tes latéraux souffrent, ton équipe souffre. Et à l’ASSE, cette saison, les couloirs ont souvent ressemblé à une zone météo instable. Parfois du soleil, souvent des rafales.
Le cas Annan est typique de ces recrutements qui arrivent avec une promesse et se heurtent à la réalité du championnat. Il y a chez lui des limites visibles: une utilisation trop exclusive d’un pied, une difficulté à apporter offensivement de façon régulière, et surtout une impression de placement approximatif quand le match s’emballe. Ce n’est pas une condamnation définitive. C’est un constat à l’instant T, et l’instant T, en football, a la durée de vie d’un contrôle orienté.
Ferreira, lui, traîne une autre étiquette: celle du joueur qui a déjà montré des choses, donc qui déçoit plus fort quand ça déraille. Le problème n’est pas seulement technique. Il est aussi mental, dans la gestion des temps faibles, dans la capacité à rester propre quand l’équipe tangue. Et quand un latéral commence à douter, il doute rarement en silence: ça se voit, ça s’entend, ça se paye.
Le plus intéressant, c’est que le verdict reste provisoire. Parce que Montanier change le cadre. Et un cadre, ça peut sauver des carrières. Sous un système où les latéraux sont exposés à chaque renversement, où l’équilibre à la perte est fragile, on peut vite transformer un joueur moyen en coupable idéal. À l’inverse, avec un bloc mieux organisé, des couvertures mieux coordonnées, un latéral peut redevenir un joueur « normal ». Et parfois, c’est déjà une victoire.
La montée en puissance de Ben Old, elle, agit comme un révélateur cruel: quand un joueur enchaîne deux ou trois prestations solides, tout le monde se met à comparer. Et la comparaison, dans un vestiaire, n’est jamais neutre. Elle pousse, elle pique, elle oblige à répondre sur le terrain. Old n’a pas réglé tous les problèmes, mais il a remis une exigence: celle de la répétition, du sérieux, de la vitesse de repli. En Ligue 2, ce sont des qualités qui font gagner des points sans faire de bruit.
Alors que faire d’Annan et de Ferreira? Les enterrer serait une erreur, parce que l’ASSE a besoin d’un groupe, pas d’un tribunal permanent. Les relancer sans conditions serait une autre erreur, parce que la saison n’attend personne. La voie la plus logique, c’est celle du mérite immédiat, match après match, dans un cadre tactique plus protecteur. Probable que Montanier cherche d’abord la stabilité. Incertain qu’il puisse se permettre longtemps de bricoler si les couloirs replongent.
Au fond, l’ASSE n’a pas besoin de latéraux parfaits. Elle a besoin de latéraux fiables. Des joueurs qui ne transforment pas chaque ballon perdu en alerte rouge. Des joueurs qui permettent aux offensifs de respirer, aux centraux de rester centraux, et au gardien de ne pas finir la soirée avec la sensation d’avoir joué deux matchs.
Le couloir est un juge de paix. Il ne pardonne rien. Mais il offre aussi une chance: celle de se racheter vite. Et à l’ASSE, en février, c’est exactement ce qu’on demande.