Un retour qui change la musique, et des couloirs qui réclament un patron
Il y a des semaines où l’ASSE avance au ralenti, comme si chaque pas demandait une autorisation préfectorale. Et puis il y a celles où un simple visage aperçu à l’entraînement suffit à relancer la bande-son. Augustine Boakye, annoncé de retour dans le travail collectif, remet une pièce dans la machine à fantasmes. Probable qu’il soit de nouveau une option pour Guingamp, incertain qu’il soit déjà prêt à tenir un match plein, mais sa seule disponibilité change la hiérarchie des idées.
Parce que Montanier, lui, n’a pas le luxe de l’abstraction. Samedi 14 février 2026, 20h, Roudourou: Guingamp–ASSE, J23. C’est écrit noir sur blanc, et même sur le site du club. Le décor est posé, l’horaire aussi. Reste à choisir les acteurs. Et dans cette équipe, les couloirs sont devenus un sujet à part entière: pas seulement une zone du terrain, plutôt un thermomètre de la solidité collective. Quand ça tient, l’ASSE respire. Quand ça craque, tout le monde tousse.
Le paradoxe, c’est que la dynamique récente a remis Ben Old dans la lumière. Le Néo-Zélandais a profité de la période pour montrer ce que l’ASSE attend d’un latéral moderne en Ligue 2: de la vitesse, de la couverture, une capacité à répéter les efforts sans se dissoudre au premier changement de rythme. Ce n’est pas encore un récital, mais c’est une trajectoire. Et dans une saison où l’ASSE a souvent cherché des certitudes au microscope, une trajectoire, c’est déjà beaucoup.
En face, le dossier Annan reste plus flou. Le joueur n’est pas condamné, il n’a pas été « catastrophique » à chaque sortie, mais il traîne une impression persistante: celle d’un latéral qui subit plus qu’il n’impose, qui hésite plus qu’il ne décide. Dans une équipe qui veut remonter, l’hésitation est un luxe. Et Montanier, qui vient de remettre un peu d’ordre dans la maison, sait qu’un couloir fragile suffit à faire tomber tout le meuble.
Le retour de Boakye ajoute une couche tactique. S’il est apte, il peut occuper un rôle hybride, entre l’aile et l’axe, capable de venir densifier le cœur du jeu ou d’attaquer l’espace. Mais ce type de profil exige des latéraux fiables derrière lui. Un ailier qui rentre, c’est un couloir qui s’ouvre. Et un couloir qui s’ouvre à Roudourou, c’est une invitation à se faire punir.
Alors Montanier doit trancher sans trembler. Continuer avec Old pour capitaliser sur la confiance, ou relancer Annan si la semaine d’entraînement a remis des repères. Réintégrer Boakye d’entrée si le corps dit oui, ou l’utiliser comme accélérateur en cours de match si le rythme de la rencontre l’exige. Dans tous les cas, la décision ne sera pas un jugement moral. Ce sera une lecture froide: qui protège le mieux l’équilibre, qui permet à l’ASSE d’attaquer sans se découvrir, qui offre la meilleure garantie de répétition.
Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie nouveauté de l’ère Montanier: moins de romantisme, plus de rendement. L’ASSE a besoin de points, pas de poèmes. Boakye peut apporter des étincelles. Old peut apporter de la continuité. À Montanier de faire en sorte que l’étincelle n’allume pas l’incendie.