Il y a des défaites qui piquent. Et puis il y a celles qui laissent une trace, parce qu’elles débordent du rectangle vert. Le 0-4 encaissé par l’ASSE sur la pelouse d’OL Lyonnes, dimanche 8 février 2026, appartient à la deuxième catégorie. Pas pour le score, presque attendu face au leader. Pour l’après. Pour les mots. Pour la décision, nette, immédiate, institutionnelle: mercredi 11 février 2026, le club a mis à pied à titre conservatoire Sébastien Joseph, entraîneur principal des féminines, en raison de déclarations envers un officiel à l’issue de la rencontre.
Le timing dit tout. L’ASSE n’a pas cherché à temporiser, ni à noyer l’affaire dans un communiqué tiède. Elle a choisi la procédure, et surtout le symbole: rappeler qu’un club qui veut se reconstruire ne peut pas se permettre de jouer avec son image. C’est une évidence… et pourtant, dans le football, l’évidence a souvent besoin d’un rappel à l’ordre.
Sportivement, le match de Décines avait déjà livré son verdict. Les Vertes ont résisté une mi-temps, puis ont cédé, trop basses, trop loin du but, trop loin du niveau requis pour exister dans ce type de rendez-vous. L’ASSE elle-même l’a raconté sans fard: coup franc encaissé juste avant la pause, puis l’écart qui se creuse au retour des vestiaires, jusqu’au penalty du 4-0 en fin de match. Ce n’est pas nouveau: quand on passe son temps à défendre, on finit par défendre mal. Et quand on défend mal, on finit par parler trop fort.
Un banc en intérim, et une question qui dépasse le derby
La mise à pied conservatoire n’est pas un licenciement. C’est une étape. Une mesure de protection, pour le club comme pour la procédure. Mais dans le football, on sait lire entre les lignes: quand un entraîneur ne dirige plus l’entraînement et qu’un adjoint prend la main, c’est rarement pour préparer sereinement le prochain match. L’Équipe évoque d’ailleurs une convocation en vue d’un licenciement, ce qui place l’ASSE dans une séquence à la fois juridique et sportive, avec un calendrier qui, lui, ne s’arrête pas.
À court terme, Tom Bouvier, adjoint depuis l’été dernier, encadre le groupe. C’est officiel. C’est pratique. Et c’est probablement insuffisant si la situation s’installe. Car l’équipe féminine est en lutte pour le maintien, et la prochaine réception de Strasbourg, le samedi 21 février, ressemble déjà à un match où l’on comptera plus que des points: on comptera les têtes, l’énergie, la capacité à rester ensemble quand le bruit extérieur s’invite au vestiaire.
Le plus délicat, c’est l’équilibre entre deux réalités. D’un côté, l’ASSE ne peut pas banaliser des propos injurieux envers un officiel. Le club le dit clairement: attachement à un football respectueux, sans haine. De l’autre, elle doit éviter que cette affaire ne devienne un alibi commode pour masquer des problèmes plus profonds: une saison compliquée, une équipe qui souffre, et une marge de manœuvre sportive étroite.
Alors, que retenir, aujourd’hui, sans jouer les procureurs ni les naïfs? Une chose simple: l’ASSE a choisi de poser une limite. C’est un acte de gouvernance. Et c’est aussi un test de cohérence. Parce qu’un projet, ce n’est pas seulement recruter, communiquer, promettre. C’est tenir une ligne quand ça tangue. Là, ça tangue. Et la suite dira si le club a simplement éteint un incendie… ou s’il a vraiment décidé de changer la manière de gérer la maison.