Il y a des matchs qui sentent la confirmation. Et d’autres qui sentent le rappel à l’ordre. Guingamp–ASSE, samedi 14 février 2026 à 20h, appartient aux deux catégories. Parce que Saint-Étienne sort d’un 1-0 qui a remis de l’air dans les poumons, mais aussi parce que l’air, justement, on en prend vite plein la figure à l’extérieur quand on confond mieux avec guéri.

Montpellier a offert un contexte idéal pour une première: un adversaire émoussé, un scénario favorable, un stade qui a poussé, et une équipe stéphanoise qui a surtout retrouvé une chose rare ces derniers mois: une forme de cohérence. À Guingamp, il n’y aura pas ce confort. Il y aura du duel, du rythme, et une équipe qui sait transformer un match de Ligue 2 en concours de secondes balles. Le genre de soirée où tu comprends vite si ton bloc est compact… ou juste serré sur la photo.

Le milieu, ce chantier qui décide de tout

Le sujet, c’est le même depuis une semaine, et ce n’est pas nouveau: l’ASSE a des idées, mais elle a aussi des béquilles. Les absences au milieu et autour du milieu pèsent lourd, et la gestion de l’effort devient un art. Kanté, par exemple, paraît encore court pour tenir un match entier au poste de sentinelle. C’est probable qu’il reste un accélérateur de fin de rencontre plutôt qu’un métronome de départ. Et dans ce cas, Montanier doit choisir: sécuriser d’entrée avec un profil plus prudent, ou accepter un début de match plus fragile pour garder une cartouche d’impact ensuite.

Dans ce contexte, la tentation Boakye dans l’axe revient comme un refrain. Parce qu’il récupère, parce qu’il casse des lignes, parce qu’il a ce moteur qui fait du bien quand les jambes des autres commencent à négocier. Mais le déplacer au cœur du jeu, c’est aussi déplacer ses défauts au pire endroit: l’engagement parfois trop appuyé, les cartons qui traînent, et ce goût du dézonage qui peut être génial… ou suicidaire quand l’adversaire adore attaquer l’espace. L’option est séduisante, donc forcément risquée. La Ligue 2 adore ce genre de dilemme: choisir entre le panache et la prudence, puis te punir pour avoir hésité.

La clé, ce sera la capacité à tenir les premières vagues. Guingamp, à domicile, sait mettre une pression simple: du direct, du contact, et une intensité qui oblige à défendre en avançant. Si Sainté recule trop, le milieu se retrouve aspiré, les latéraux se retrouvent exposés, et la soirée devient une suite de courses arrière. Or, l’ASSE version Montanier a justement montré contre Montpellier qu’elle voulait défendre ensemble, plus bas mais plus propre, avec des lignes resserrées. À Roudourou, il faudra faire pareil… mais avec moins de ballon, plus de bruit, et un adversaire qui ne te laisse pas le temps de philosopher sur la différence entre 4-1-4-1 et 4-3-3.

Devant, l’enjeu est limpide: transformer les transitions en occasions nettes. Boakye a déjà montré qu’il pouvait porter le danger sur une chevauchée, Cardona qu’il pouvait faire des différences sur son côté, et Davitashvili qu’il pouvait aider défensivement même quand il n’est pas au sommet. Reste Stassin, dont l’activité est réelle, mais dont l’efficacité doit redevenir une habitude. Ce n’est pas une condamnation, c’est un constat: une équipe qui vise la montée ne peut pas vivre uniquement de buts de défenseurs centraux, même si c’est très chic sur le moment.

Enfin, il y a le contexte émotionnel. Le match aller a laissé des traces, pas forcément sportives, mais dans la mémoire. Et ce genre de souvenir peut soit te donner un supplément de concentration, soit te faire sortir du match. L’ASSE n’a pas besoin d’une revanche théâtrale. Elle a besoin d’un match adulte. Un match où l’on gagne des mètres, pas des cartons. Un match où l’on répond au défi par le jeu et par le bloc, pas par l’ego.

Samedi, Saint-Étienne ne jouera pas seulement trois points. Elle jouera la crédibilité de son redressement. Montpellier a été un début. Guingamp dira si c’est une trajectoire.