Il y a des soirs où Geoffroy-Guichard ne réclame pas un récital. Il réclame un pansement. Samedi 7 février 2026, l’ASSE a choisi la compresse, le sparadrap et la fermeture éclair: victoire 1-0 contre Montpellier, but de Julien Le Cardinal à la 77e, et surtout une sensation rare ces derniers mois… celle de ne pas vivre chaque attaque adverse comme une alerte météo orange.

Le match n’a pas été un feu d’artifice. Il a été un exercice de survie bien organisé. Les trente premières minutes ont rappelé que la confiance ne se commande pas comme une pizza: relances hésitantes, milieu parfois étiré, et cette impression que le ballon brûle un peu les pieds quand il faut enchaîner trois passes propres. Mais la différence, elle était ailleurs. Dans la structure. Dans les distances. Dans ce bloc qui recule ensemble, avance ensemble, et laisse beaucoup moins d’espace entre les lignes.

Le symbole de la soirée, c’est cette défense qui a respiré. Pas parfaite, mais cohérente. Le Cardinal a donné, dès sa première, ce que l’ASSE cherchait depuis trop longtemps: une présence qui parle, qui coupe, qui rassure. À ses côtés, Mickaël Nadé a retrouvé son terrain de chasse: le duel, le contact, l’attaquant à éteindre. Et sur les côtés, Pedro et Ben Old ont joué simple, sérieux, appliqué. Pas des artistes, mais des latéraux qui comprennent que le premier luxe, en Ligue 2, c’est de ne pas offrir des cadeaux.

Le tournant, lui, arrive avec le banc. À la 59e, Irvin Cardona entre à la place d’Aimen Moueffek. Et tout de suite, l’ASSE gagne ce qui lui manquait: une menace claire, une percussion, une capacité à faire reculer l’adversaire sans avoir besoin d’un plan sur dix pages.

Montanier ajuste, recentre des rôles, et l’équipe se met à respirer plus haut. Ce n’est pas une révolution tactique en trois minutes, c’est plus sournois: Montpellier commence à défendre en regardant davantage ses propres 30 mètres. Et quand l’adversaire recule, l’ASSE se crée enfin des situations où le ballon arrive dans la zone qui compte.

Le but, lui, tombe sur corner. À la 77e, Le Cardinal surgit et marque, servi par Ivan Miladinović. Un but de défenseur, donc un but utile: pas besoin de fioritures quand on a une tête, un timing et une surface à attaquer.

La fin de match confirme l’idée directrice: l’ASSE a d’abord voulu redevenir difficile à bouger. Les dégagements plus longs, les choix plus prudents, ce n’est pas un renoncement définitif, c’est probablement un traitement d’urgence. Probable aussi que le projet évolue, parce qu’une saison ne se termine pas en jouant uniquement à l’extincteur. Mais pour l’instant, le diagnostic est clair: l’équipe avait besoin d’un cadre, et Montanier a commencé par poser les murs porteurs.

Reste le point qui grince: l’efficacité devant. L’ASSE a encore laissé passer des occasions qui, sur une fin de saison serrée, peuvent coûter cher. Ce n’est pas nouveau, et ce n’est pas réglé par un changement de coach en une semaine. Incertain de savoir qui portera vraiment la finition sur la durée, mais Cardona a au moins remis une étincelle dans le moteur offensif.

Au final, ce 1-0 n’a pas besoin d’être beau pour être précieux. Il a une vertu rare: il donne une direction. Et en Ligue 2, quand tout est flou, une direction, c’est déjà un avantage.