Le temps long, ce luxe que la Ligue 2 facture au prix fort

Depuis l’arrivée de Kilmer Sports Ventures et la présidence d’Ivan Gazidis, une idée revient avec insistance: bâtir, structurer, laisser mûrir. Sur le papier, c’est séduisant. Dans la réalité de la Ligue 2, c’est un exercice d’équilibriste. Parce que le temps long, en France, n’est pas seulement une philosophie. C’est une négociation permanente avec les contrats, les ambitions, et le marché.

Imaginer un noyau de jeunes qui progresse ensemble sur quatre ou cinq ans, façon projet “développement”, a quelque chose de moderne. Mais l’ASSE n’évolue pas dans une ligue fermée. Si certains joueurs explosent, ils attirent. Si l’équipe stagne, ils s’impatientent. Et si le club reste en Ligue 2, la tentation de partir devient souvent plus forte, même avec des contrats. Ce n’est pas une certitude, plutôt un scénario probable: la valeur sportive et la valeur marchande ne restent pas sagement au vestiaire en attendant la saison suivante.

À l’inverse, si l’ASSE monte, tout le monde ne suivra pas au même rythme. C’est l’autre face du projet: la Ligue 1 ne pardonne pas les apprentissages trop longs, et certains profils, utiles en L2, peuvent se retrouver en difficulté à l’étage supérieur, au moins dans un premier temps. Le club doit donc construire une équipe capable de monter, mais aussi une équipe capable de survivre ensuite. Deux objectifs proches en apparence, très différents dans les détails.

Dans ce contexte, la question des “locomotives” expérimentées devient centrale. Un vestiaire jeune peut progresser vite, mais il a besoin de repères, de standards, de joueurs qui tirent l’exigence vers le haut quand le match devient sale. Pas forcément des stars, plutôt des références: celles qui stabilisent une équipe quand elle doute, et qui évitent que la progression ne ressemble à une courbe en dents de scie.

Le projet Kilmer peut prendre du temps, oui. Mais l’ASSE, elle, n’a pas un temps illimité. Geoffroy-Guichard n’est pas une salle de classe: on y tolère l’apprentissage, pas l’installation. La bonne stratégie, ce sera probablement un compromis: développer, mais sécuriser. Parier sur l’avenir, sans oublier que la montée reste la monnaie la plus stable du football français.