Il y a des semaines où l’ASSE ne joue pas seulement contre l’adversaire. Elle joue contre le calendrier, contre les automatismes qui n’existent pas encore… et contre l’infirmerie, ce troisième relégable qui ne descend jamais.
Le signal le plus net, c’est celui qui fait mal au milieu: Florent Tardieu est annoncé forfait pour plusieurs semaines. C’est probable, parce que l’information circule de façon cohérente et revient avec insistance, mais incertain tant que le club n’a pas posé un diagnostic officiel noir sur blanc. Dans tous les cas, l’idée est là: l’ASSE perd un joueur d’expérience au moment précis où elle avait besoin d’un adulte dans la pièce. Un régulateur, un type qui sait quand il faut calmer, quand il faut accélérer, quand il faut juste arrêter de se faire peur avec une relance à trois mètres du but.
Et c’est là que le paradoxe stéphanois revient au galop: Tardieu n’était pas au sommet de sa forme, c’est un euphémisme. Mais même sur la jante, il restait un repère. Sa lecture, sa capacité à lever la tête, à trouver deux ou trois passes qui remettent l’équipe dans le bon sens… ce n’est pas du luxe en Ligue 2, c’est une denrée rare. Sans lui, Montanier va devoir choisir: sécuriser avec un profil plus destructeur, ou assumer un milieu plus jeune, plus mobile, mais aussi plus exposé aux trous d’air. Et à Sainté, les trous d’air, on sait les transformer en tempêtes.
Montanier face au casse-tête: recomposer sans se renier
Le deuxième frisson, lui, est plus doux: Chico Lamba a été aperçu à l’entraînement via une photo publiée par le club. C’est un indice, pas une preuve. Un portrait ne dit pas s’il a enchaîné les courses, les duels, les oppositions. Mais c’est déjà un signe de présence, donc un signe de vie. Et dans une période où l’ASSE compte ses absents comme d’autres comptent leurs points, c’est presque une bonne nouvelle en soi.
Autour, les alertes s’empilent. Des noms circulent, des incertitudes aussi. Là encore, prudence: tant que le groupe officiel n’est pas sorti, on reste dans le probable et l’incertain. Mais la tendance est claire: l’ASSE risque de devoir lancer des joueurs pas à 100%, ou de faire confiance à des recrues encore en rodage. C’est le genre de pari qui peut passer si l’équipe est compacte, simple, disciplinée. C’est le genre de pari qui explose si on se met à jouer au funambule avec des chaussures de ski.
Dans ce contexte, la vraie question n’est pas seulement “qui joue?”. C’est “comment on joue?”. Montanier a déjà laissé entendre une priorité: sécuriser. Pas glamour, mais vital. Et avec un milieu amputé, une défense en chantier et un match à Geoffroy-Guichard où l’air peut devenir irrespirable en dix minutes, la sécurité n’est pas une option. C’est une condition de survie.
Reste un détail qui n’en est pas un: la dynamique mentale. Montpellier arrive après une soirée de Coupe de France énergivore et cruelle. Très bien. Mais l’ASSE, elle, sort d’une période où la confiance se ramasse à la petite cuillère. Le Chaudron peut être un accélérateur… ou un amplificateur de doutes. Et samedi, avec Tardieu sur le flanc et Lamba encore en pointillés, Montanier n’aura pas le luxe de philosopher. Il devra trancher. Vite. Et juste.