Stabilité, profondeur, et ce petit truc qui manque

Le 0-0 au Mans n’a pas seulement laissé une ligne de stats un peu froide. Il a remis l’ASSE devant une question qui colle à la peau des équipes ambitieuses en Ligue 2: est-ce qu’on manque de talent… ou de continuité? À Saint-Étienne, la réponse ressemble à un mélange des deux, avec une troisième épice, plus difficile à quantifier: l’élan collectif, celui qui transforme une équipe correcte en machine à points.

Sur la stabilité, le constat est limpide. Les équipes qui tournent fort s’appuient sur une ossature qui joue, rejoue, et se connaît par cœur. À l’inverse, quand les absences s’accumulent, le jeu devient une suite de séquences, rarement un récit. L’ASSE a connu des périodes où l’alignement des cadres donnait une impression de solidité, et d’autres où les ajustements permanents ont cassé le rythme. Ce n’est pas une excuse universelle, mais c’est un facteur lourd, surtout dans un championnat où la répétition fait la différence.

Le deuxième sujet, plus piquant, c’est la profondeur d’effectif. Une “grosse cylindrée” est censée encaisser les pépins mieux que les autres. Or Sainté donne parfois l’impression d’être construit avec des zones de confort et des zones de bricolage. Les postes de latéraux et celui de numéro 6 reviennent comme des chantiers récurrents. Ce n’est pas nouveau, et c’est justement ça le problème: quand un point faible dure, il finit par devenir une identité malgré lui. Et en Ligue 2, une identité subie se paie cash, souvent sur un centre au second poteau ou une transition mal gérée.

Enfin, il y a ce fameux “petit quelque chose”. L’ASSE a montré du mieux récemment, notamment sur l’aspect défensif, avec une organisation plus cohérente et moins de portes ouvertes. Mais offensivement, les séquences restent parfois propres… et stériles. On avance, on s’installe, on tourne autour, puis on rend la balle. C’est le syndrome classique de l’équipe qui cherche encore son déclencheur: un appel, une prise de risque, un joueur qui casse une ligne, ou une relation technique qui devient automatique.

La montée directe ne se gagne pas en janvier, mais elle peut s’y perdre. Sainté n’est pas hors course, loin de là. En revanche, l’équipe doit vite retrouver une ossature fiable et des repères constants, sinon la saison va se résumer à une alternance de “c’est mieux” et de “c’est frustrant”. Et à Geoffroy-Guichard, la frustration a tendance à faire plus de bruit que les progrès.