Un but, un rouge, et cette impression de jouer avec un sac à dos

Samedi 31 janvier 2026, Geoffroy-Guichard: l’ASSE perd 0-1 contre Boulogne. Et dans ce score sec, il y a tout. Le scénario, la fragilité, l’incapacité à renverser une soirée qui tourne mal. Boulogne marque vite, à la 8e minute, et Saint-Étienne se retrouve déjà à courir après le match. Mauvais signe: cette équipe-là n’aime pas courir après quoi que ce soit, surtout pas après elle-même.

Le deuxième coup de massue arrive à la 27e: expulsion de Joao Ferreira. À partir de là, l’ASSE joue à dix, et le match devient une épreuve de survie. On peut discuter la sévérité, l’interprétation, l’arbitrage. Mais le fond est ailleurs: quand tu te mets en difficulté aussi tôt, tu offres à l’adversaire exactement ce qu’il veut. Un match fermé, haché, où la moindre erreur se paie cash.

Le plus cruel, c’est que l’ASSE n’a pas totalement disparu. Elle a même eu des moments. Des séquences où l’on sent qu’il suffirait d’un geste juste, d’une décision rapide, d’un ballon frappé sans trembler. Et c’est là que le match devient un miroir: l’occasion de Lucas Stassin, cette situation où il faut conclure, symbolise une équipe qui doute au moment précis où il faut trancher. Ce n’est pas seulement un raté, c’est un symptôme.

Dans ce genre de soirée, on cherche toujours un responsable unique. C’est humain, c’est pratique, et ça évite de regarder la totalité du tableau. Sauf que le tableau est large: une défense qui recule trop vite, des couloirs qui coûtent cher, un milieu qui peine à donner du rythme, et des offensifs qui jouent parfois comme s’ils avaient peur de rater… donc ils ratent. Le tout dans un stade qui attend un déclic et reçoit une confirmation de malaise.

Le match a aussi raconté autre chose: l’ASSE n’est pas larguée au classement, mais elle est en train de se larguer elle-même. Rester à portée de la deuxième place ne sert à rien si tu n’as plus l’élan pour y aller. Et c’est là que cette défaite devient plus qu’un résultat: elle ferme une période. Elle met fin à une ère sur le banc, et elle oblige le suivant à attaquer directement le dur, sans échauffement.

Ce 0-1 n’est pas une anomalie. C’est une alerte. Une de plus, certes. Mais celle-ci a un goût particulier: celui d’une équipe qui, même à dix, a eu de quoi revenir… et n’a pas su. En Ligue 2, on peut survivre à une défaite. On survit beaucoup moins bien à l’habitude de ne pas se sauver soi-même.