Un coach pour recoller les morceaux, pas pour faire joli

Il y a des arrivées qui sentent la projection, le plan quinquennal, les powerpoints et les promesses au futur. Et puis il y a celles qui sentent l’urgence, la sueur froide et le vestiaire qui a besoin d’un adulte dans la pièce. Philippe Montanier arrive dans cette deuxième catégorie. Pas pour réinventer le football, mais pour remettre l’ASSE debout, tout de suite.

Le décor est connu: une équipe qui a perdu son fil, une confiance en miettes, et une Ligue 2 qui ne pardonne rien quand tu commences à jouer avec la peur. Montanier, c’est d’abord un profil d’entraîneur capable de simplifier sans appauvrir. Un technicien qui sait adapter un système à un effectif, plutôt que l’inverse. Et à Saint-Étienne, aujourd’hui, c’est déjà une révolution douce.

Le premier chantier n’est pas tactique. Il est mental. L’ASSE a montré qu’elle pouvait produire, presser, étouffer, puis s’éteindre comme si quelqu’un avait coupé le courant. Ce n’est pas une question de “vouloir” au sens moraliste. C’est une question de repères, de sécurité, de responsabilités claires. Montanier va devoir remettre des rails: qui déclenche? qui couvre? qui temporise? qui prend le risque? Sans ça, même le meilleur schéma devient un dessin d’enfant.

Ensuite seulement vient la cuisine du terrain. On peut s’attendre à un retour à des principes plus lisibles: un bloc mieux organisé à la perte, des transitions plus propres, et surtout une hiérarchie des rôles qui évite les bricolages permanents. L’ASSE a trop souvent ressemblé à une équipe qui se cherche un poste à chaque action. En Ligue 2, ça finit toujours pareil: un centre, un retard, un but.

Le plus intéressant, c’est que Montanier n’arrive pas avec l’étiquette “anti-projet”. Au contraire, il peut parfaitement cohabiter avec une logique de club qui veut structurer, intégrer des jeunes, et travailler avec des outils modernes. Mais il y a une condition: que le court terme ne soit pas sacrifié sur l’autel du “long terme”. Parce qu’un long terme en Ligue 2, ça se transforme vite en long tunnel.

Le calendrier, lui, ne fera pas de cadeau. Montanier n’aura pas de période d’adaptation romantique. Il devra prendre des points pendant qu’il installe ses idées. C’est le paradoxe stéphanois du moment: on réclame du temps, mais on vit au chronomètre. Et c’est précisément pour ça qu’un entraîneur expérimenté a du sens: il sait que la première victoire n’est pas un aboutissement, c’est un pansement. Mais parfois, il faut d’abord arrêter l’hémorragie avant de parler chirurgie.