Il y a des soirs où Geoffroy-Guichard ne se contente pas d’accueillir un match. Il avale une saison, la mâche, et recrache une vérité. Samedi 31 janvier 2026, à 20h, l’ASSE reçoit Boulogne pour la 21e journée de Ligue 2. Et l’affiche a un parfum particulier: celui d’un banc en transition, d’un vestiaire qui doit rester debout, et d’un club qui tente de changer de peau sans se couper en deux.

Le décor est clair: Eirik Horneland est encore là pour diriger l’équipe sur ce rendez-vous. Ce n’est pas banal, et ce n’est pas neutre. Dans le football moderne, on aime les ruptures nettes, les “merci pour tout” expédiés, les intérims bricolés. Saint-Étienne, lui, choisit une sortie par la porte du terrain. Ça peut ressembler à une élégance. Ça peut aussi ressembler à une soirée où tout le monde marche sur des œufs, en crampons.

Le point le plus sensible, c’est la gestion du timing. L’idée d’une signature “après la rencontre” circule, mais elle reste incertaine tant qu’aucune communication officielle ne la verrouille. Dans ce flou, l’ASSE doit éviter le piège classique: jouer un match avec la tête déjà au lendemain. Parce que le lendemain, justement, s’appelle Philippe Montanier. Et Montanier, ce n’est pas un concept: c’est une méthode, une exigence, une promesse de pragmatisme. Mais pour l’instant, il n’est pas le coach du match. Le coach du match, c’est Horneland. Point.

Alors, comment un groupe réagit-il quand il sait que la page se tourne, mais qu’il doit encore écrire la dernière ligne? Deux scénarios existent. Le premier, c’est l’orgueil: une équipe qui serre les dents, qui veut finir proprement, qui offre une victoire comme on ferme une porte sans claquer. Le second, c’est la dérive: des courses en retard, des duels esquivés, une petite musique intérieure qui dit “on verra demain”. L’ASSE n’a pas le luxe de choisir au coup d’envoi. Elle doit imposer le premier scénario, dès la première minute.

Dans ce contexte, la présence d’Ivan Gazidis à l’Étrat, si elle se confirme dans les faits du jour, serait un signal politique autant que sportif. Probable dans l’idée, incertain dans la portée: un président ne vient pas “juste passer dire bonjour” quand le banc tremble. Il vient rappeler que la ligne tient, que la transition est cadrée, et que le club ne se gouverne pas à l’émotion du samedi soir.

Et puis il y a le match, le vrai. Boulogne n’a pas besoin d’être flamboyant pour être pénible. Un promu ou un mal classé qui vient au Chaudron, c’est souvent la même recette: densité, duels, temps faibles assumés, et l’espoir que Saint-Étienne s’énerve. L’ASSE, elle, doit répondre avec une idée simple: jouer vite, mais pas pressé. Mettre du rythme, mais garder la tête froide. Et accepter que ce genre de soirée se gagne parfois à l’usure, pas à la poésie.

Dernier détail qui n’en est pas un: l’arbitre est désigné, Antoine Valnet. Dans une rencontre sous tension émotionnelle, c’est toujours une donnée à surveiller, surtout si le match s’accroche et que le Chaudron monte en température.

Le Chaudron, juge de paix… et miroir du projet

Ce match-là, l’ASSE ne le joue pas seulement pour trois points. Elle le joue pour sa cohérence. Parce qu’un changement d’entraîneur, ce n’est pas une baguette magique: c’est un révélateur. Si l’équipe répond présent, Montanier héritera d’un groupe vivant, prêt à être recadré et relancé. Si l’équipe se délite, Montanier héritera d’un chantier plus profond, où il faudra d’abord réparer les têtes avant de régler les lignes.

Et le public? Il sera là, évidemment. Il sera exigeant, forcément. Mais il peut aussi être intelligent: comprendre qu’une transition ne se gagne pas en sifflant à la 12e minute, ni en applaudissant à la 88e “par principe”. Le Chaudron a une spécialité: il sent quand une équipe triche. Samedi soir, l’ASSE n’a qu’une consigne universelle: ne pas tricher. Ni dans l’intensité, ni dans l’attitude, ni dans la lucidité.

Au fond, cette soirée à double fond dit tout de Saint-Étienne en 2026: un club qui veut avancer, mais qui doit le faire sans se renier. Horneland termine. Montanier arrive. Et entre les deux, il y a 90 minutes qui peuvent ressembler à un passage de témoin… ou à une glissade sur la ligne blanche.