Quand le classement dépend des mollets

On parle souvent de système, de pressing, de transitions. À Saint-Étienne, en ce moment, on pourrait surtout parler d’IRM, de protocoles et de délais de reprise. Parce que l’ASSE a beau avoir un effectif taillé pour jouer le haut de tableau, elle ressemble parfois à une équipe qui prépare ses matchs avec un calendrier médical plutôt qu’avec un tableau noir.

Le cas Chico Lamba est emblématique. Son absence n’est pas seulement un “coup dur” de plus: elle change la texture de la défense. Avec lui, l’ASSE paraît plus stable, plus lisible, moins sujette à ces séquences où tout le monde se regarde après une erreur comme si le ballon venait de tomber du plafond. Et ce n’est pas qu’une impression: les chiffres avancés autour des buts encaissés avec ou sans lui dessinent un écart net. Ce n’est pas une preuve scientifique, mais c’est un signal. Et dans une Ligue 2 où un match se joue souvent sur un détail, les signaux comptent.

Au milieu, la blessure de Jaber ajoute une couche d’inquiétude. Les estimations d’indisponibilité évoquées tournent autour de plusieurs semaines: c’est probable, mais encore incertain tant que le club n’a pas communiqué de manière précise. Dans tous les cas, l’ASSE perd un profil qui aide à tenir l’équilibre, à sécuriser les deuxièmes ballons, à éviter que chaque perte de balle ne se transforme en alerte rouge.

Le plus piquant, c’est que ces blessures arrivent au moment où le club s’apprête à vivre un tournant sur le banc. Or, un nouvel entraîneur, aussi compétent soit-il, ne fait pas de miracles si l’infirmerie tourne à plein régime. Il peut ajuster les charges, mieux répartir les efforts, clarifier les rotations. Mais il ne peut pas inventer des titulaires en bonne santé.

La question de fond, elle, dépasse le simple “pas de chance”. Terrain d’entraînement, hygiène de vie, gestion des intensités, prévention musculaire: tout ce qui ne se voit pas le samedi soir finit toujours par se voir un jour. Et à Sainté, ce jour-là revient un peu trop souvent. Le problème, c’est qu’on ne peut pas se permettre une saison où l’équipe apprend à jouer… entre deux retours de blessure.

Avant Boulogne, l’ASSE n’a donc pas seulement besoin d’un plan de jeu. Elle a besoin d’un plan de survie physique. Gérer les temps de jeu, éviter les rechutes, sécuriser les postes clés. Parce que la montée, à ce rythme, ne se jouera pas uniquement dans les têtes. Elle se jouera dans les ischios.