Un banc, une mission, zéro alibi
À Saint-Étienne, on a longtemps aimé les histoires qui prennent leur temps. Les épopées, les reconstructions, les promesses au long cours. Sauf qu’en Ligue 2, le temps est un luxe réservé aux clubs qui gagnent. Et l’ASSE, aujourd’hui, n’est pas dans cette catégorie-là. Le départ d’Eirik Horneland, désormais acté (c’est nouveau), ressemble moins à une rupture idéologique qu’à un constat froid: la dynamique sportive ne suffisait plus à porter un projet ambitieux.
Dans ce contexte, Philippe Montanier apparaît comme une réponse de crise… mais une crise pensée. Un entraîneur qui sait naviguer dans les saisons à haute pression, où l’objectif n’est pas de séduire mais de monter. L’idée n’est pas de renier le jeu, plutôt de remettre de l’ordre: des repères simples, des rôles clairs, une hiérarchie assumée. Et surtout, une capacité à adapter sans se renier, ce qui, dans une Ligue 2 où les matchs se gagnent parfois à la lampe frontale, n’a rien d’un défaut.
Le débat sur son étiquette “défensive” est, au fond, un faux procès. Montanier a déjà montré qu’il pouvait produire des équipes capables de marquer, d’attaquer, de presser, de vivre haut. Mais il a aussi ce pragmatisme qui manque souvent aux projets trop “purs”: si le match réclame de fermer la boutique dix minutes, il ne s’excuse pas de le faire. À Sainté, ce pragmatisme peut être une bénédiction, parce que l’ASSE a surtout besoin d’une chose: arrêter de se saborder.
Car le vrai sujet, celui qui colle aux crampons depuis des semaines, c’est la fragilité. Pas seulement tactique. Mentale, parfois. Technique, souvent, sur des erreurs défensives qui n’ont rien à voir avec un schéma et tout à voir avec une concentration qui fuit au pire moment. Montanier ne va pas transformer des joueurs en robots, mais il peut remettre une exigence quotidienne, une discipline de match, une gestion des temps faibles. Et dans une course à la montée, c’est souvent là que se joue la différence entre “on a une belle équipe” et “on finit dans les deux”.
Reste une donnée qui rend l’équation plus brutale: l’ASSE n’a pas le droit de rater. Sportivement, une non-montée serait un échec majeur. Et économiquement, elle obligerait à des arbitrages douloureux sur les joueurs à forte valeur, avec un risque de repartir encore une fois en chantier. C’est probable, même si les contours exacts (ventes, remplacements, marges) restent incertains à ce stade.
Montanier, s’il vient, ne débarque donc pas pour “préparer l’avenir”. Il débarque pour gagner tout de suite. Et à Saint-Étienne, on sait ce que ça veut dire: le Chaudron ne demande pas la perfection, il demande une direction. Une équipe qui ressemble à quelque chose. Et, détail qui compte, des points.