On peut changer d’entraîneur, changer de système, changer de latéraux. Mais quand une équipe se fissure de l’intérieur, le chantier devient tout de suite plus bruyant. À l’ASSE, le malaise du moment ne se résume pas à une série moyenne ou à un match qui tourne mal. Il ressemble davantage à une question d’identité collective: qui tire dans le même sens, et qui tire surtout sa couverture?
Le sujet a pris une tournure très concrète autour du capitanat. Parce qu’à Saint-Étienne, le brassard n’est pas un accessoire. C’est un contrat moral. Et quand le capitaine donne l’impression de se protéger avant de protéger le groupe, l’image fait mal. Elle fait mal au public, elle fait mal au vestiaire, et elle fait mal à la saison.
Le brassard, ce n’est pas un micro: c’est une boussole
Gautier Larsonneur est un gardien expérimenté, un joueur qui a déjà porté l’équipe dans des moments importants. Ce n’est pas le procès d’un homme. C’est le constat d’un rôle devenu inflammable. Dans une période où l’ASSE a besoin de calme, la moindre phrase, la moindre posture, devient un révélateur. Et le révélateur, ces derniers jours, n’a pas été tendre.
Le problème, au fond, n’est pas tant la communication que ce qu’elle laisse deviner: une équipe qui ne respire pas ensemble. Sur le terrain, cela se voit dans les détails qui tuent: les replis à moitié, les duels évités, les secondes balles laissées à l’adversaire, les moments où chacun attend que l’autre fasse l’effort. Ce n’est pas une question de talent pur. C’est une question de lien.
Ce diagnostic n’a rien de nouveau, et il faut le dire: ce n’est pas apparu en une nuit. Mais il devient plus visible quand la pression monte. Et la pression, elle est maximale: l’ASSE vise la montée, elle a un statut, elle a un stade, elle a un budget, et elle a donc une obligation implicite de se comporter comme un candidat crédible. Or un candidat crédible, en Ligue 2, c’est d’abord une équipe qui ne se désunit pas quand elle prend un coup.
Dans ce contexte, les cadres sont attendus au tournant. Pas seulement Larsonneur. Les joueurs d’expérience doivent être des amortisseurs, pas des amplificateurs. Quand l’équipe vacille, ils doivent ramener du simple: une course de plus, un duel de plus, un mot de plus. Et surtout une cohérence: la même exigence pour soi que pour le voisin.
À l’inverse, certains profils plus jeunes donnent parfois l’impression d’être plus connectés à l’idée de collectif, plus spontanés dans l’effort, plus « club » dans l’attitude. Ce point reste probable plus que certain, parce que l’intérieur d’un vestiaire ne se lit jamais totalement depuis une tribune. Mais le terrain, lui, ne ment pas longtemps.
La suite dépendra de deux choses. D’abord, d’un recadrage clair: qui décide, qui porte, qui assume. Ensuite, d’un électrochoc sportif, parce que rien ne répare un vestiaire comme une série de victoires. À Saint-Étienne, on adore les grandes idées. Mais en janvier, la meilleure idée du monde, c’est souvent un tacle gagné et un but marqué.