À Saint-Étienne, il y a des semaines qui sentent la pluie avant même que le ciel ne se couvre. Celle-ci a ce parfum-là. Un parfum de fin de cycle, de valises prêtes, de poignées de main un peu trop longues. Eirik Horneland, arrivé avec ses idées neuves et son accent qui faisait voyager, semble déjà au bord du quai. Et l’ASSE, elle, cherche un conducteur de train qui connaisse les rails de la Ligue 2 par cœur.

Le nom qui revient avec insistance, c’est Philippe Montanier. Un profil d’expérience, un entraîneur qui a vu des vestiaires se fissurer et des saisons se retourner. Rien de clinquant, rien d’exotique. Juste du solide. Et, dans une Ligue 2 qui ne pardonne pas les projets trop conceptuels, le solide ressemble souvent à une bouée.

Un coach de terrain, pas un slogan

Montanier, c’est d’abord une promesse simple: remettre l’équipe dans un cadre lisible. Pas forcément plus beau, pas forcément plus romantique, mais plus efficace. Son football a souvent été associé à une organisation claire, à des repères, à une forme de pragmatisme assumé. Dans le contexte actuel, c’est presque une qualité rare: savoir faire simple sans faire pauvre.

Ce possible choix raconte aussi quelque chose de plus large: l’ASSE n’a plus le temps. La course à la montée ne se gagne pas en expliquant qu’on est « en construction ». Elle se gagne en empilant des points, même quand le jeu tousse. Et quand un club en vient à privilégier un entraîneur très identifié « championnat français » après avoir tenté une option plus innovante, c’est souvent qu’il a compris que la marge d’erreur s’est évaporée.

Le signal est double. Sportif, évidemment: il faut relancer une dynamique tout de suite. Mais politique aussi: si Montanier arrive, ce sera probablement avec une capacité à peser davantage sur le quotidien, à exiger des garanties, à demander un fonctionnement plus fluide. Ce point reste incertain tant qu’aucune communication officielle n’a cadré le rôle exact du futur coach, mais l’ASSE ne peut pas se permettre un entraîneur réduit à commenter l’orage depuis la fenêtre.

Reste une question, la plus piquante: ce choix serait-il un aveu d’échec du projet initial? Probable sur la forme, en tout cas. Car si l’idée était de bâtir une identité forte avant tout, l’urgence sportive impose désormais une hiérarchie différente: d’abord gagner, ensuite raconter.

Et puis il y a l’autre débat, plus discret mais très stéphanois: la durée. Montanier, à 61 ans, incarne plutôt une mission. Monter, stabiliser, remettre de l’ordre. Pas forcément inaugurer un cycle de cinq ans avec fresque murale et promesse de révolution permanente. L’ASSE devra être lucide: si elle veut un pompier, qu’elle ne lui demande pas de dessiner la maison du futur pendant qu’il éteint l’incendie.

À cette heure, tout cela reste au conditionnel. La seule certitude, c’est que le club est à un carrefour. Et que, dans ce genre de virage, Saint-Étienne a rarement eu le luxe de tourner doucement.