Geoffroy-Guichard, stade de foot… et dossier d’État
Il y a des semaines où l’ASSE joue un match. Et d’autres où elle joue un contexte. En ce mardi 27 janvier 2026, le terrain n’a pas disparu, mais il est presque devenu un décor. Le vrai sujet, celui qui colle aux semelles, c’est la sécurité autour de Geoffroy-Guichard et la menace qui revient comme un refrain: la dissolution des associations de supporters, pas enterrée, juste rangée dans un tiroir « à rouvrir si besoin ».
Le signal est clair: l’État veut reprendre la main, et vite. Dans la Loire, la nouvelle préfète affiche une ligne dure sur les violences dans les stades, en rappelant que des interdictions administratives de stade ont déjà été prononcées et que d’autres dossiers sont en cours. Le chiffre, lui, frappe comme un panneau publicitaire en plein visage: 31 IAS déjà actées, 15 en instruction. Ce n’est pas un détail de bas de page, c’est un indicateur de tension. Et c’est aussi un message envoyé au club: « assumez », « renforcez », « contrôlez ».
Le problème, c’est que Geoffroy-Guichard n’est pas un aéroport. On peut rêver de sas, de filtrages plus longs, de procédures plus strictes, mais la réalité d’un stade populaire, avec ses flux, ses habitudes, ses horaires, finit toujours par rattraper les bonnes intentions. Plus on durcit, plus on déplace la pression. Et quand on déplace la pression, on ne la supprime pas: on la concentre.
Dans cette séquence, l’ASSE est coincée dans un rôle ingrat. D’un côté, le club doit montrer patte blanche, coopérer, prouver qu’il « maîtrise ». De l’autre, il sait très bien ce que représentent ses kops: une identité, une ambiance, une force d’entraînement. Même ceux qui n’aiment pas les fumigènes savent que le Chaudron sans poumons, c’est un stade qui respire moins fort. Et un club qui respire moins fort, en Ligue 2, ça se paye cash.
La menace de dissolution n’est pas nouvelle, il faut le dire. Elle a déjà déclenché des mobilisations massives au printemps 2025, preuve que le sujet dépasse largement la simple querelle de tribunes.
Ce qui change aujourd’hui, c’est le tempo. On n’est plus dans l’alerte lointaine, on est dans la mécanique administrative: interdictions individuelles, renforcement des mesures, discours public ferme. Et au milieu, un club qui traverse déjà une zone de turbulences sportives. Autrement dit: le pire moment pour ajouter du bruit au bruit.
Probable, donc: une période de contrôle accru autour des matches, avec des exigences plus fortes sur l’organisation et la prévention. Incertain: la trajectoire exacte du dossier « dissolution », parce qu’elle dépend autant d’événements à venir que de décisions politiques. Mais une chose est sûre: à Saint-Étienne, l’ambiance n’est pas seulement une affaire de chants. C’est devenu un sujet de gouvernance.