Le mercato, c’est souvent une histoire de patience. À Saint-Étienne, en janvier 2026, c’est surtout une histoire de pansements. Et quand les pansements deviennent un plan de jeu, il faut s’inquiéter.
Le problème n’est pas seulement de “renforcer”. Le problème, c’est de savoir où renforcer quand le corps du groupe donne l’impression de se fissurer par endroits, parfois au pire moment, parfois sans prévenir. Reims a encore rappelé une vérité brutale: une équipe qui manque de stabilité physique finit par manquer de stabilité tout court.
Le cas le plus lourd, c’est celui de Maxime Bernauer. Opéré du ménisque début janvier, il est annoncé absent trois à quatre mois, avec une saison très probablement terminée. Pour un club qui vise la montée, perdre un défenseur central sur la durée, ce n’est pas un contretemps: c’est un changement de paysage.
Et Bernauer n’est pas un nom anodin dans l’équation. L’ASSE a levé son option d’achat en juin 2025, signe qu’elle comptait sur lui comme pièce de continuité. Aujourd’hui, cette continuité se transforme en trou à combler.
Dans le même temps, le club traîne une autre fragilité, plus structurelle: le poste de sentinelle. On peut bricoler un match, parfois deux. Mais sur une demi-saison, sans vrai 6 de métier capable de protéger, d’orienter, de calmer, on finit par jouer sur un fil. Et quand le fil casse, on accuse la défense, puis l’attaque, puis le coach, puis la météo. C’est pratique, mais ça ne fait pas monter.
Ce qui rend la fin de mercato délicate, c’est le piège du “joueur immédiatement opérationnel” pris au mauvais endroit. Un défenseur central, oui, mais pas n’importe lequel. Un milieu défensif, oui, mais pas un profil qui ressemble à un 8 qu’on recule “parce qu’il court”. L’ASSE a déjà assez donné dans les solutions temporaires qui deviennent permanentes par fatigue.
Recruter vite, d’accord. Recruter juste, surtout.
La tentation, quand la pression monte, c’est le recrutement réflexe: un nom, une expérience, une rustine. Sauf que la Ligue 2 ne pardonne pas les rustines mal posées. Elle les arrache au premier déplacement boueux, puis elle vous regarde faire semblant que tout va bien.
La priorité, c’est donc une colonne vertébrale. Un défenseur central capable de tenir la surface et d’assumer les duels. Une sentinelle capable de donner un cadre au milieu. Et, si possible, des profils qui ne débarquent pas diminués. Sur ce point, il faut être clair: l’information précise sur l’état de forme réel des cibles est souvent incertaine tant qu’il n’y a pas d’officialisation et de communication médicale. Mais le risque, lui, est très concret: recruter un joueur “disponible” qui ne l’est pas vraiment, c’est acheter du temps… avec de l’argent.
À une semaine de la fin du mercato (ce n’est pas nouveau, mais c’est maintenant que ça pique), l’ASSE n’a plus le luxe d’attendre un alignement parfait. Elle doit décider ce qu’elle veut être: une équipe qui subit les événements, ou une équipe qui les anticipe. Et si le projet est ambitieux, il doit se voir dans un endroit très simple: au milieu, devant la défense, là où se gagnent les montées quand les jambes deviennent lourdes.