On peut gagner un match avec un plan. On peut aussi perdre une saison avec un flou. À l’ASSE féminine, le débat du moment ressemble à un mélange des deux: beaucoup de volonté affichée, mais une impression persistante de fonctionnement opaque. Et quand la gouvernance ressemble à une boîte noire, le sportif finit toujours par payer l’addition. Pas parce que les joueuses manquent de talent. Parce que le cadre, lui, ne suit pas.

Le point central, c’est la capacité à reprendre la main concrètement. Qui décide? Qui pilote? Qui tranche quand il faut recruter, quand il faut couper, quand il faut imposer une direction sportive? Dans les échanges, une idée revient: la structure féminine est liée à l’association, et le rôle de Jean-Marc Barsotti y est présenté comme déterminant. Le fait qu’il ait été élu président de l’association est documenté. Le reste, sur la mécanique exacte des pouvoirs au quotidien, reste probable mais incertain: on peut raisonnablement penser que les leviers passent par les instances de l’association, et pas uniquement par une décision “sportive” isolée.

Ce qui rend la situation plus piquante, c’est le calendrier. Une reconstruction ne se fait pas en théorie. Elle se fait en semaines. Et les semaines, elles, ne se négocient pas. Si l’équipe doit repartir avec un effectif remanié, si des départs ont déjà fragilisé la continuité, alors chaque retard de décision se transforme en retard de préparation. Et un retard de préparation, ça se voit vite: cohésion, automatismes, gestion des temps forts, capacité à encaisser. Le terrain ne pardonne pas les transitions mal préparées.

Dans ce contexte, couper les vivres apparaît comme une tentation. Mais c’est une arme à double tranchant. Oui, le financement pèse. Non, l’arrêt brutal ne garantit pas une amélioration immédiate. On peut aussi créer une instabilité supplémentaire, et donc une saison plus compliquée. L’ASSE féminine n’a pas besoin d’un coup de massue. Elle a besoin d’une trajectoire lisible, avec des décisions qui s’enchaînent sans attendre que la gouvernance se mette d’accord sur le mode d’emploi.

Le vrai sujet, finalement, n’est pas de savoir si le football féminin “vaut” quelque chose. Il vaut déjà quelque chose: il donne des repères, il forme, il construit. Le sujet, c’est la cohérence. Une section qui veut progresser doit pouvoir recruter, structurer, et surtout décider. Sans ça, même les meilleures intentions se transforment en bricolage. Et le bricolage, en compétition, ça finit toujours par coûter plus cher que ce qu’on voulait économiser.

À l’ASSE, on aime les projets qui tiennent debout. Il est temps que la partie la plus importante du projet féminin tienne aussi debout: celle qui se joue dans les bureaux, dans les votes, dans les responsabilités. Parce que sur le terrain, les joueuses peuvent courir. Mais elles ne peuvent pas remplacer une décision.