Sainté, ce club où l’air devient vite électrique

Il y a des clubs où une saison se raconte en chiffres. À Saint-Étienne, elle se raconte aussi en température. Celle qui monte quand l’espoir revient. Celle qui brûle quand l’espoir tarde. Et en ce mois de janvier 2026, l’ASSE est exactement dans cette zone-là: entre l’ambition affichée et la réalité d’un championnat qui ne se laisse pas dompter à coups de promesses.

Le contexte est particulier. Le club a changé de gouvernance, de méthode, de vocabulaire. Kilmer Sports est installé, Ivan Gazidis est président, et l’ASSE s’est mise à parler structure, process, recrutement, cellules, projet. C’est moderne. C’est logique. Mais c’est aussi un choc culturel pour un club qui vit à l’émotion, au symbole, au réflexe. Et quand les résultats ne collent pas immédiatement au récit, l’environnement se crispe.

Ce qui se joue là n’est pas anecdotique. Parce que la pression extérieure finit toujours par entrer quelque part: dans un vestiaire, dans un staff, dans une tribune, dans une semaine d’entraînement. L’ASSE n’a pas seulement besoin de points. Elle a besoin d’un climat respirable. Un club qui veut remonter doit accepter l’imperfection sans se dévorer lui-même à chaque match moyen.

Le plus piquant, c’est que la situation sportive n’a rien d’un naufrage. L’équipe est dans la course. Elle a des marges de progression évidentes, notamment offensives, mais elle a aussi retrouvé des bases défensives. Et pourtant, l’impression générale est parfois celle d’un club au bord de la crise permanente. C’est le paradoxe stéphanois: l’attente est si grande que la normalité ressemble à une déception.

Dans ce contexte, Horneland devient un symbole plus qu’un entraîneur. On ne juge plus seulement ses choix, on juge ce qu’il représente: une idée du football, une idée du projet, une idée du futur. C’est lourd pour un homme, et c’est dangereux pour une équipe. Parce qu’à force de transformer chaque match en référendum, on finit par jouer avec le frein à main. Et la Ligue 2 adore les équipes qui doutent: elle les attire dans la boue, puis elle les y maintient.

La clé, pour l’ASSE, est peut-être là: retrouver une forme de calme opérationnel. Accepter que la montée ne se gagne pas en janvier, mais qu’elle peut s’y perdre. Accepter que le projet ne se prouve pas en conférence de presse, mais dans la répétition des bonnes décisions. Et accepter aussi que l’environnement du club fait partie du match. À Sainté, plus qu’ailleurs, le mental est une composante tactique.

Le club a voulu changer de dimension. Très bien. Mais changer de dimension, ce n’est pas seulement recruter mieux ou structurer plus. C’est apprendre à vivre avec la pression sans la transformer en poison. Et ça, c’est peut-être le chantier le plus long. Celui qui ne se voit pas. Celui qui, pourtant, décide souvent de tout.