Ça y est, l’ASSE a tourné la page. Pas avec un grand geste théâtral, plutôt avec cette sensation très forézienne de “ok, on repart, mais cette fois on repart propre”. L’arrivée d’Ian Cathro n’est pas un simple changement de banc. C’est un changement de méthode, et donc un test grandeur nature pour tout le monde autour du coach.
Le premier signal, il est dans la manière dont le club présente le nouvel entraîneur: une approche centrée sur le développement technique, la créativité et la progression individuelle. En clair, on ne vient pas seulement chercher des résultats à court terme. On vient construire un fonctionnement. Et à l’ASSE, construire, ça veut dire une chose: transformer l’intention en répétition, puis en automatismes. Sinon, ça reste du discours, et le discours, on en a déjà assez mangé.
Ce qui rend Cathro intéressant, c’est aussi son profil. Il n’est pas du genre à se contenter d’un plan de match “au cas où”. Il a une culture de l’entraînement, avec une logique de progression. Probable que le staff va devoir suivre au millimètre: préparateurs, analystes, entraîneurs adjoints. Pas pour faire joli, mais pour que chaque séance serve à quelque chose, et que les joueurs sachent exactement ce qu’on attend d’eux, semaine après semaine.
Le vrai chantier: transformer l’idée en répétition
Dans un club comme l’ASSE, le risque n’est pas de “mal jouer”. Le risque, c’est de jouer différemment d’un match à l’autre, parce que l’organisation n’a pas tenu la cadence. Cathro arrive avec une philosophie. Reste à savoir si l’équipe va l’absorber vite, surtout après une saison où les repères ont parfois vacillé.
Le staff aura donc un rôle décisif: rendre la transition lisible. Une équipe peut encaisser une période d’adaptation si elle comprend le cap. Elle ne peut pas encaisser si elle a l’impression de subir des ajustements tactiques permanents. Et là, l’ASSE a une contrainte supplémentaire: la pression. Elle n’est pas seulement sportive. Elle est identitaire. Les supporters veulent du jeu, mais ils veulent aussi des preuves. Donc, dès la reprise, les détails vont compter: la qualité des sorties de balle, la manière de protéger les temps faibles, la capacité à enchaîner après une perte de balle. Ce sont des micro-choix qui, à la longue, font une saison.
On peut déjà imaginer un travail sur la créativité, mais sans naïveté. La créativité, à Saint-Étienne, ne doit pas être un luxe. Elle doit être une arme, au bon moment, dans un cadre clair. Sinon, on retombe dans le “ça tente”, et ça finit souvent par coûter cher. Cathro devra donc trouver l’équilibre: donner de la liberté, tout en imposant des repères collectifs.
Et puis il y a la question du rythme. Un nouveau cycle, ça se juge sur la vitesse d’exécution. Pas sur la première conférence de presse. Sur la capacité à répéter, à corriger, à faire progresser. Si le staff suit, l’ASSE peut retrouver une dynamique. Si le staff décroche, le coach se retrouvera à courir après un ballon qui roule trop vite.
En attendant, une certitude: l’arrivée de Cathro n’est pas une parenthèse. C’est une rampe de lancement. Et à l’ASSE, quand on lance une rampe, on ne peut pas se permettre de décoller à moitié. Un peu d’humour, quand même: le football n’a pas besoin d’un nouveau cycle pour être beau. Il a besoin d’un cycle qui tient. Cathro, lui, semble savoir comment on fabrique ça.