Le n°6, ce poste qui fait basculer une saison

À Saint-Étienne, le mercato d’hiver ressemble à une pièce jouée rideau fermé. On entend des pas, on devine des silhouettes, mais sur scène, rien ne bouge. Et pourtant, l’ASSE n’a pas le luxe de l’immobilisme: la Ligue 2 ne pardonne pas les effectifs incomplets, elle les mâche lentement, puis elle les recrache au printemps, quand les points perdus en janvier deviennent des regrets en mai.

Dans ce brouillard, un besoin ressort nettement: une sentinelle, un vrai n°6. Pas un milieu “qui peut dépanner”, pas un bricolage de plus. Un joueur capable d’absorber les transitions, de sécuriser les deux centraux, de remettre l’équipe dans le bon sens quand le match devient une bagarre de secondes balles. C’est le poste qui permet de faire respirer tout le monde, y compris ceux qui créent. Sans lui, l’ASSE peut tenir, parfois même bien défendre, mais elle vit sur un fil: la moindre perte de balle devient une alerte incendie.

Le paradoxe, c’est que le club semble justement vouloir éviter l’empilement. Les couloirs ont déjà été renforcés, et les blessures ont brouillé le jugement sur les recrues: difficile de trancher quand les titulaires alternent entre retours, rechutes et manque de rythme. João Ferreira et Ebenezer Annan ont été freinés par des pépins physiques, et Maxime Bernauer a vu sa saison très probablement s’arrêter après une opération du ménisque (probable).

Alors l’ASSE temporise. Elle observe. Elle attend la bonne opportunité. C’est cohérent sur le papier, mais dangereux sur le terrain: en janvier, les “bonnes opportunités” arrivent rarement sans contrepartie. Et quand elles arrivent, elles demandent une décision rapide, parfois inconfortable. Le club, lui, semble vouloir décider sans se précipiter. C’est une posture de bâtisseur. Encore faut-il que la saison laisse le temps de bâtir.

Au milieu, la question dépasse le simple recrutement. Elle touche à l’équilibre interne: comment intégrer un 6 sans figer la progression des jeunes, sans condamner ceux qui doivent encore grandir, sans transformer le vestiaire en salle d’attente? Et surtout, comment faire sans dénaturer ce que l’équipe commence à retrouver: une base défensive plus stable, une capacité à ne plus se saborder sur un détail.

Le mercato, à Sainté, n’est donc pas seulement une chasse aux noms. C’est un choix de trajectoire. Soit l’ASSE accepte de vivre avec ses manques en espérant que la dynamique suffise. Soit elle sécurise le poste clé, celui qui fait gagner des points sans marquer de buts. Dans une course à la montée, c’est souvent ce genre de joueur qui fait la différence. Pas celui qui brille. Celui qui empêche l’équipe de s’éteindre.