Le football se raconte avec des buts. Mais il se gagne souvent avec des jambes. Et quand les blessures s’installent, ce n’est pas seulement un problème médical: c’est un problème de projet. À l’ASSE, la cellule performance est devenue un sujet qui revient, parce que les joueurs ne semblent pas toujours en meilleure condition qu’avant. Et quand on parle de rechutes, on ne parle plus d’un accident isolé. On parle d’un système.
Donough Holohan, arrivé avec un CV qui fait rêver les dirigeants, incarne cette ambition: professionnaliser la préparation, mieux gérer la charge, réduire les risques. L’idée est simple sur le papier. Elle l’est moins quand la saison impose ses chocs, ses enchaînements, ses retours de blessure. Probable que le staff ait des protocoles précis. Incertain, en revanche, de savoir si ces protocoles sont parfaitement calibrés pour l’effectif actuel, avec ses profils et ses contraintes.
Ce qui inquiète, c’est la répétition. Pas forcément le nombre de blessures, mais la fréquence des retours qui ne tiennent pas. Une rechute, c’est un signal. Parfois, c’est la faute du calendrier. Parfois, c’est la faute de la reprise trop rapide. Parfois, c’est la faute d’un diagnostic incomplet. Et parfois… c’est un mélange de tout. Dans ce genre de dossier, il faut se garder de conclure trop vite. Mais il faut aussi regarder la réalité: si les joueurs reviennent et repartent, le club perd du temps de jeu, donc de la cohésion, donc de la confiance.
À l’ASSE, le débat est aussi un débat de méthode. Quand une équipe change de coach, on cherche des explications dans le style de jeu. Quand les blessures persistent, on doit chercher plus loin. Dans la préparation. Dans la récupération. Dans la manière de relancer. Et dans la capacité à tenir une saison entière sans transformer le groupe en infirmerie ambulante.
Il y a un autre angle, plus discret: la coordination entre cellule performance et staff sportif. Si les exigences tactiques demandent des efforts que le corps n’a pas encore encaissés, le risque augmente. Si, au contraire, la préparation est alignée sur le plan de jeu, alors les joueurs peuvent tenir. Probable que l’ASSE travaille dans ce sens, mais incertain de l’équilibre exact entre “ce qu’on veut jouer” et “ce que le corps peut encaisser”.
Et puis il y a la dimension psychologique. Un joueur qui sait qu’il risque de rechuter ne joue pas pareil. Il anticipe. Il se protège. Il hésite. Et au haut niveau, l’hésitation coûte cher. Donc, même si la cellule performance fait le travail, le club doit aussi créer un climat de confiance: celui où le retour est un vrai retour, pas une parenthèse.
Holohan a l’aura des grands noms. C’est un atout. Mais l’aura ne soigne pas. Ce qui soigne, c’est la répétition des bons choix, semaine après semaine. À l’ASSE, le chantier est invisible, mais il peut devenir décisif. Si les joueurs restent disponibles, alors le projet sportif respire. Si les blessures continuent, alors même le meilleur plan de jeu finira par s’écraser sur la réalité.