Ça y est, le décor change. À l’ASSE, l’arrivée d’Ian Cathro n’a rien d’un simple “remplacement de coach”: c’est un choix de trajectoire. Et quand on choisit une trajectoire offensive, on ne peut pas ensuite demander à l’équipe de jouer en apnée défensive. Le football, lui, n’a pas de bouton “mode économie”.
Sur le papier, Cathro coche des cases qui parlent à un club qui veut construire. Il a bourlingué, il a côtoyé des environnements exigeants, et il a surtout une réputation de coach qui cherche à faire jouer. L’Équipe l’annonce comme successeur de Philippe Montanier, avec un profil qui a déjà travaillé à haut niveau et dans plusieurs pays.
Mais à Saint-Étienne, le style n’est pas un poster accroché dans le vestiaire. Il devient une contrainte. Une contrainte de recrutement, d’abord. Un entraîneur offensif a besoin de latéraux capables d’avancer sans offrir un boulevard derrière, de milieux qui protègent la transition et de joueurs qui acceptent de courir quand le ballon n’est pas “chez eux”. Sinon, l’attaque devient une punition: on pousse, on s’expose, et on finit par courir après le score comme après un bus qui ne s’arrête jamais.
Le deuxième point, c’est la défense. Pas la défense “au courage”, celle qui tient parce que les jambes sont encore fraîches. La défense “au collectif”, celle qui sait où se placer quand l’adversaire récupère. Cathro a un projet, mais l’ASSE a surtout un besoin: stabiliser les fondamentaux. Et c’est là que le mercato devient le vrai procès. Pas celui des intentions, celui des profils.
On peut aussi rappeler une évidence qui fâche: l’expérience de Cathro en tant que numéro un a connu des zones plus délicates, notamment à Hearts. Ce n’est pas un détail. C’est une raison de plus pour ne pas confondre “idée de jeu” et “idée de survie”. Si l’ASSE lui donne un effectif bancal, le projet offensif ne s’effondre pas: il se déforme. Et quand un projet se déforme, il finit souvent par ressembler à ce qu’on voulait éviter.
Alors oui, il y a de quoi être intrigué. Cathro a aussi connu des périodes de réussite, y compris au Portugal, où il a été récompensé pour son travail. Mais à Saint-Étienne, la réussite ne se mesure pas à la beauté des séquences. Elle se mesure à la capacité à encaisser sans paniquer, à attaquer sans se désorganiser, et à faire comprendre au groupe que “jouer” n’est pas un slogan: c’est une discipline.
Le test est simple, presque cruel: l’ASSE doit recruter pour le plan de jeu, pas pour les noms. Et si le mercato ne suit pas, Cathro aura beau crier des consignes avec l’enthousiasme d’un Écossais qui a vu la mer, l’équipe finira par payer la facture. Une facture de transitions, de duels perdus, et de confiance qui s’évapore plus vite qu’un ballon sous la pluie.