Tardieu, ce joueur qu’on juge comme un 10 alors qu’il joue comme un métronome
À Saint-Étienne, il y a des débats qui reviennent comme les poteaux carrés: éternels, bruyants, et rarement conclus. Florian Tardieu est devenu l’un de ces sujets. Pas parce qu’il fait des gestes de génie à chaque ballon. Justement. Parce qu’il ne les fait pas. Et dans un club où l’on confond parfois “impact” et “spectacle”, le milieu qui fait tourner la boutique finit vite accusé de faire tourner… dans le vide.
Le procès est connu. Trop lent. Trop propre. Pas assez de duels gagnés “à l’œil”. Pas assez de retours défensifs “qui se voient”. Pas assez de différences balle au pied. Bref, pas assez de cinéma. Sauf que l’ASSE 2025-2026 n’est pas une équipe qui peut se permettre de juger son milieu axial comme on note un ailier: à la percussion et au frisson.
Le vrai sujet, c’est le rôle. Tardieu n’est pas là pour être le joueur qui “termine” les actions. Il est là pour les rendre possibles. Il sert de point d’appui, de relais, de stabilisateur. Il donne du temps aux autres. Il met de l’ordre dans une équipe qui, sans ça, peut vite redevenir une bande de coureurs qui se croisent sans se trouver. Et oui, ça se voit moins qu’un tacle rageur ou qu’une frappe en lucarne. Mais c’est souvent ce qui évite que le match parte en vrille.
Les chiffres, eux, racontent une histoire moins caricaturale que l’impression de “monorythme”. Sur les données de courses, on retrouve un joueur très actif dans l’effort, y compris à haute intensité (niveau probable, car les valeurs exactes circulent sans source unique clairement établie dans les éléments fournis). Et sur le dernier match évoqué contre Clermont, les distances parcourues le placent dans le haut du panier stéphanois, au coude-à-coude avec les plus gros volumeurs. Ce n’est pas une preuve absolue de performance, mais c’est un rappel utile: l’idée du milieu qui trottine en permanence ne colle pas totalement à la réalité.
Alors, pourquoi cette sensation de “courses dans le vent”? Parce que toutes les courses ne se valent pas. Un sprint de couverture qui ferme une ligne de passe, c’est précieux, mais ça ne finit pas en highlight. Une course pour offrir une solution courte, c’est vital, mais ça ne fait pas lever Geoffroy-Guichard. Et quand l’ASSE manque de tranchant offensif, le public cherche un coupable. Le métronome devient une cible facile: il est au centre, donc il est responsable de tout.
Le point le plus sensible, c’est la projection vers l’avenir. Tardieu est souvent perçu comme un joueur de transition, pas comme une pierre angulaire du projet. Là, on touche à quelque chose de plus concret: si l’ASSE monte, le club devra probablement renforcer son milieu, et pas avec un simple ajustement cosmétique. Mais ça ne signifie pas que Tardieu est inutile aujourd’hui. Ça signifie que son utilité est contextuelle. En Ligue 2, dans une équipe qui veut contrôler, qui veut poser le jeu, qui veut éviter les matchs de bûcherons, il reste une pièce structurante.
Le vrai danger, ce n’est pas d’avoir Tardieu. C’est de croire qu’on peut le remplacer par une addition de profils qui n’ont pas son logiciel. Mettre plus de jambes, plus de dribbles, plus de “go-go-go”, très bien. Mais si personne ne relie les blocs, si personne ne dicte le tempo, l’ASSE se retrouve avec un moteur sans courroie: ça tourne, ça fait du bruit, et ça n’avance pas.
Conclusion du jour: Tardieu n’est ni un sauveur, ni un imposteur. Il est un révélateur. Quand l’équipe va bien, il fluidifie. Quand l’équipe va mal, il devient le symbole de ce qui manque autour de lui: de la vitesse, de la profondeur, de la justesse dans les trente derniers mètres. Et ça, ce n’est pas un problème de joueur. C’est un problème de construction d’effectif.