Le mot “trading” a quelque chose de pratique. Il explique tout, ou presque. Il sert à mettre des étiquettes sur des choix de recrutement, à résumer des saisons entières en une formule qui tient dans un post. À l’ASSE, il revient avec insistance, parce que les supporters voient des cycles: des arrivées, des départs, des paris, puis des résultats qui n’ouvrent pas assez vite la porte de la Ligue 1.
Mais il faut être précis. Vendre des joueurs n’est pas une invention de l’ASSE. Presque tous les clubs, à des degrés différents, vivent avec des transferts. La vraie question n’est donc pas “est-ce qu’on vend”. La vraie question, c’est “est-ce qu’on vend pour construire”. Et surtout: est-ce que l’argent revient dans l’équipe au bon moment, avec les bons profils, et dans une logique sportive cohérente? Quand la réponse tarde, le trading devient une suspicion. Et la suspicion devient une colère.
Dans les échanges récents, une idée revient: si l’objectif numéro un devient la revente, alors la montée devient un bonus. C’est là que le club se met en danger. Parce que la Ligue 2 n’est pas un marché calme. C’est un championnat où l’écart entre une équipe qui monte et une équipe qui stagne se joue souvent sur des détails: un latéral qui tient sa ligne, un milieu qui gagne ses duels, une défense qui ne s’effondre pas au premier coup de chaud. Si l’effectif est construit comme un portefeuille, ces détails finissent par manquer.
À ce stade, l’incertitude reste forte. On ne peut pas affirmer, avec certitude, que l’intention sportive est absente. Ce serait trop simple. En revanche, on peut juger la trajectoire. Et la trajectoire, elle, impose une exigence: si l’ASSE veut remonter, elle doit réinvestir dans des profils qui sécurisent le jeu, pas seulement dans des profils qui “peuvent devenir”. Le “peut devenir” est une promesse. La montée, elle, est une obligation.
Le débat prend aussi une dimension de gouvernance. Quand un entraîneur dit ne pas avoir eu la main sur le recrutement, cela raconte quelque chose. Pas forcément une intention de trading, mais une difficulté à aligner les décisions. Et à Sainté, l’alignement est vital. Sans alignement, on change de coach, on change de méthode, et l’équipe finit par courir après son propre plan. C’est le genre de scénario qui nourrit les critiques, et qui rend le club plus fragile à chaque mercato.
Alors oui, on peut vendre. On peut même vendre intelligemment. Mais à l’ASSE, la question n’est plus théorique. Elle est sportive. Le club doit prouver que les départs ne sont pas des fins en soi, et que les arrivées ne sont pas des paris sans filet. Sinon, le trading ne sera pas seulement un mot: il deviendra une excuse permanente. Et Sainté, ce n’est pas une excuse. C’est un maillot qui exige des résultats.