À l’ASSE, on peut débattre longtemps du nom sur le banc. Mais au fond, la question est plus simple, presque brutale: qui tient la ligne quand les résultats vacillent? Philippe Montanier a incarné une période, avec ses choix, ses sécurités, ses tentatives de remettre de l’ordre. Et quand l’aventure s’arrête, ce n’est pas seulement une page qui se tourne. C’est un test de méthode qui commence.
Le club a changé de braquet depuis l’arrivée de Kilmer Sports et d’Ivan Gazidis à la présidence. L’ambition affichée est claire: professionnaliser, structurer, inscrire le sportif dans une trajectoire. Or, dans le football, la structure ne sert à rien si elle ne produit pas de continuité. Et la continuité, elle se fabrique avec des décisions qui ne dépendent pas du dernier match, ni de l’humeur du moment, ni du besoin de colmater en urgence.
Ce qui ressort aujourd’hui, c’est une impression de chantier permanent. On a parfois l’impression que l’ASSE cherche une identité de jeu en même temps qu’elle cherche une équipe. Résultat: les repères se déplacent, les automatismes mettent plus de temps à s’installer, et la confiance devient une denrée rare. Ce n’est pas une critique de principe. C’est une observation de terrain. Quand l’architecture n’est pas stable, le banc devient un curseur qu’on ajuste au lieu d’un levier qu’on actionne.
Dans ce contexte, le débat sur le profil du coach, français ou étranger, ressemble à un rideau de fumée. Un entraîneur peut être brillant et se heurter à un effectif mal construit. À l’inverse, un coach moins médiatisé peut faire des miracles si le club lui donne une colonne vertébrale cohérente. L’ASSE a besoin de moins de slogans et de plus de garanties: un plan de recrutement lisible, des rôles assumés, et une logique de jeu qui survit aux changements de staff.
La suite se joue donc ailleurs que dans les phrases. Elle se joue dans la capacité du club à trancher: quels joueurs portent le projet, quels profils sont compatibles avec la manière de jouer, et quels choix sont faits pour trois ans plutôt que pour trois semaines. Montanier n’est pas le problème. Il est le symptôme d’un système qui doit enfin se stabiliser.
Le banc passera, la méthode doit rester
Le plus important, c’est que l’ASSE ne confonde pas vitesse et précipitation. On peut changer de coach sans changer de cap. Mais pour ça, il faut un cap. Et pour avoir un cap, il faut une direction sportive qui assume: une identité de jeu, une exigence de performance, et une gestion de l’effectif qui ne laisse pas les joueurs deviner leur rôle à chaque semaine.
Le club a l’outil, l’actionnaire, et la volonté affichée. Maintenant, il faut la traduction concrète. Une équipe, ce n’est pas une collection de talents. C’est une mécanique. Et une mécanique, ça ne se règle pas au feeling. Ça se construit, ça s’entretient, et ça s’évalue sur la durée. À l’ASSE, la durée doit redevenir une arme.