Ferreira, l’œil, la data… et la vérité du couloir

João Ferreira, c’est le genre de joueur qui transforme un match en débat de société. Un centre propre, une accélération, un duel gagné: on se dit que l’ASSE tient enfin un latéral moderne. Une relance ratée, un repli mal senti, une intervention à contretemps: on se demande s’il n’est pas en train d’inventer un nouveau sport, quelque part entre le football et la roulette russe.

Le fond du sujet est là: le poste de latéral est devenu un poste d’exposition. On demande d’attaquer, de défendre, de répéter les courses, de fermer le second poteau, de ressortir propre, de centrer juste, et si possible de ne jamais se tromper. Dans une équipe qui cherche encore sa stabilité, le couloir devient un amplificateur. Tout se voit. Tout se paie. Et les erreurs, même sans conséquence immédiate, laissent une trace plus longue que les bonnes intentions.

Ce qui rend le cas Ferreira intéressant, c’est qu’il met en collision deux manières de juger. D’un côté, l’impression visuelle: les “grosses boulettes” marquent, parce qu’elles sont spectaculaires et qu’elles ressemblent à des buts encaissés en différé. De l’autre, les indicateurs: certains modèles de performance peuvent le valoriser, parce qu’ils captent l’activité, les duels, la présence, la contribution au jeu. Les deux peuvent être vrais en même temps. Un joueur peut être utile sur 85 minutes et dangereux sur 5. Et au football, on ne retient jamais les 85.

Il y a aussi un paramètre humain, plus difficile à mesurer. La saison est longue, les rythmes sont lourds, et certains événements personnels peuvent peser sur la fraîcheur mentale. C’est plausible, sans que ce soit une excuse universelle: à ce niveau, tout le monde a une vie, mais tout le monde n’a pas le même filet de sécurité autour de lui. Dans un poste où la concentration est une monnaie rare, la moindre baisse se transforme en action “symbolique”.

Alors, que faire de Ferreira aujourd’hui? Le réduire à un joueur “mauvais” serait excessif. Le sacrer “injustement critiqué” serait confortable. La lecture la plus neutre, c’est celle-ci: il a montré des choses, il a aussi montré des limites, et l’ASSE ne peut pas se permettre un couloir qui alterne le bon et le très risqué. Si le club vise la montée, il lui faut des latéraux fiables, pas seulement des latéraux capables. La nuance est cruelle, mais elle fait souvent la différence entre une équipe qui monte et une équipe qui explique pourquoi elle aurait dû.

Et au passage, ce débat dit autre chose: l’ASSE a un besoin structurel de stabilité sur les côtés. Tant que ce poste restera une zone d’incertitude, chaque performance individuelle deviendra un procès. Ferreira n’est pas le seul sujet. Il est juste celui sur lequel la lumière tombe le plus fort.