Il y a des silences qui protègent. Et il y a des silences qui coûtent. À l’ASSE, le “temps” semble être devenu une monnaie rare, et la direction ne peut pas se contenter d’attendre que tout se mette en place tout seul. Parce que dans le football, l’inertie est un adversaire. Et elle ne se fatigue jamais.
Les signaux évoqués autour de Kilmer Sports et d’Ivan Gazidis dessinent une attente: clarifier l’organigramme, fixer le staff, et donner une trajectoire au mercato. Probable: tant que l’entraîneur n’est pas verrouillé, tant que les décisions sportives ne sont pas actées, la communication reste forcément limitée. Mais limiter ne veut pas dire disparaître. Il y a une différence entre “on ne sait pas encore” et “on ne dit rien”.
Le problème, c’est que le club vit dans un calendrier. Les joueurs, eux, vivent aussi dans un calendrier. Les agents, les préparateurs, les profils ciblés: tout le monde avance. Quand l’ASSE tarde à donner des repères, elle ne perd pas seulement de la visibilité. Elle perd du pouvoir de négociation. Elle perd des options. Et parfois, elle perd des gens qui auraient pu être convaincus par un projet clair.
Dans les échanges, une idée revient: “ils ne communiquent qu’avec un relais”. C’est plausible, mais le fond reste le même. L’ASSE a besoin d’un message qui ne soit pas un roman. Un message qui dit: voilà le cap, voilà le timing, voilà ce qui est prioritaire. Pas besoin de promesses grandiloquentes. Juste de la méthode. Parce que la méthode, au football, c’est ce qui rassure les joueurs et ce qui oblige les décisions à arriver.
Il y a aussi une dimension psychologique. Le club sort d’un échec sportif. Et quand un échec tombe, la patience se transforme vite en fatigue. La direction peut avoir raison sur le fond, elle peut même avoir raison sur le timing. Mais si la clarté n’arrive pas, le doute s’installe. Et le doute, lui, finit par contaminer les vestiaires avant même que le mercato ne commence.
Le plus ironique, c’est que l’ASSE a justement besoin d’un narratif solide pour attirer. Pas un narratif “marketing”. Un narratif de travail. Un narratif où l’on comprend qui décide, comment on décide, et pourquoi on décide. Sans ça, le club ressemble à une équipe qui attend son prochain match… alors qu’elle devrait déjà préparer le suivant.
Alors oui, il peut y avoir des raisons internes. Probable: des arbitrages sont en cours, des discussions doivent aboutir, des signatures doivent être sécurisées. Mais l’été 2026 ne laisse pas de place au flou. Le silence radio peut être une stratégie de protection. Il peut aussi être une stratégie de retard. Et à ce stade, la frontière entre les deux est mince.
Ce que l’ASSE doit obtenir maintenant, c’est une clarification qui se voit sur le terrain. Un staff annoncé, un organigramme cohérent, un mercato qui suit une logique. Le reste, c’est du bruit. Et le bruit, l’ASSE en a déjà assez. Elle a besoin de décisions, pas de suspense.