À l’ASSE, le nom de Philippe Montanier revient comme un refrain. Certains y voient une solution logique. D’autres y sentent déjà le risque de repartir pour un tour de sinistrose. Et au milieu, il y a une question simple, presque brutale: qui tient la saison entière?
Le timing, d’abord. Quand une équipe sort d’un échec, les autres clubs de Ligue 2 ne restent pas les bras croisés. Ils préparent. Ils recrutent. Ils installent. À l’ASSE, le débat sur Montanier prend donc une dimension très concrète: est-ce qu’on a le temps de redémarrer proprement, ou est-ce qu’on doit capitaliser sur ce qui existe déjà? Dans les échanges, l’idée revient: quatre semaines avant la reprise, ce n’est pas une éternité. Et si l’on veut monter, il faut arriver au premier match avec une équipe prête, pas avec une équipe en chantier.
Ensuite, il y a les conditions. Prolonger Montanier ne peut pas être un “oui” automatique. Il faut que la direction soit alignée sur les axes de progression. Sinon, on prolonge un coach… pour lui demander de réussir avec des contraintes qu’il n’a pas choisies. Et ça, c’est le genre de scénario qui finit mal: on accuse ensuite l’entraîneur d’avoir échoué, alors que le cadre n’était pas au niveau.
Sur le plan sportif, les avis divergent. Certains rappellent la solidité retrouvée, la capacité à remettre de l’ordre, et l’idée que l’équipe a manqué de peu. D’autres soulignent l’essoufflement, les choix discutés, et surtout le fait que l’équipe n’a pas su maintenir une dynamique sur la durée. Dans ce débat, il y a une vérité qui dérange: un coach peut améliorer une équipe, mais si le groupe n’a pas l’énergie collective, la bascule arrive quand même. Et quand la bascule arrive, elle coûte cher.
Le point qui rend la discussion électrique, c’est la gestion des moments clés. Les matchs où il faut prendre des points contre des adversaires qui ne lâchent rien. Les semaines où les blessures et les absences s’accumulent. Les choix de composition quand il faut protéger un joueur fragile ou quand il faut au contraire imposer un rythme. Là, Montanier est jugé sur sa capacité à faire tenir l’ensemble, pas seulement sur des séquences réussies.
Il y a aussi une dimension plus “club”: la relation avec le public. L’ASSE n’est pas un club comme les autres. Le stade, les groupes, l’identité verte: ce n’est pas un décor. C’est une force. Et quand un coach ne comprend pas assez vite l’importance de ce levier, même avec de bonnes intentions, la confiance peut s’abîmer. Ce n’est pas une question de folklore. C’est une question de performance, parce que l’ambiance influence le comportement collectif.
Alors, faut-il prolonger Montanier? La réponse la plus honnête, c’est: seulement si le projet suit. Si la direction clarifie, si le recrutement est cohérent, si l’effectif est construit pour tenir le rythme, et si les joueurs sont choisis pour l’objectif. Sinon, prolonger devient un pansement sur une plaie qui saigne encore.
À l’ASSE, on ne manque pas de talent. On manque parfois de continuité dans l’exécution. Montanier peut être un levier. Mais il ne peut pas être un alibi. Le vrai test, c’est la capacité du club à aligner tout le monde: direction, cellule sportive, recrutement et vestiaire. Si cette mécanique se met en place, Montanier a une chance de transformer l’essai. Si elle ne se met pas en place, l’ASSE aura simplement gagné du temps… pour perdre la saison suivante.