À l’ASSE, on a parfois l’impression que la data est devenue un personnage de fiction. On la convoque pour expliquer tout et n’importe quoi. On la désigne comme une cause unique, comme si un tableur pouvait remplacer une âme, un vestiaire, et une exigence collective.

Le premier réflexe, c’est de remettre les pendules à l’heure. La data n’empêche pas l’humain. Elle ne le remplace pas. Elle l’éclaire, au mieux. Et surtout, elle ne recrute pas toute seule: derrière, il y a des gens, des choix, des arbitrages, des priorités. Si l’ASSE a recruté des profils venus d’horizons “exotiques”, ce n’est pas parce que les chiffres auraient pris le pouvoir. C’est parce qu’une stratégie a été appliquée, avec une certaine proportion de paris, et une certaine confiance dans la capacité d’intégration.

Le cas Ben Old illustre bien le piège du faux duel. On peut être un produit “data” et rester un joueur volontaire, humain, impliqué. Donc non: l’opposition data/valeurs humaines est trop simple. Elle arrange tout le monde, y compris ceux qui veulent éviter le vrai sujet.

Le vrai sujet, c’est la cohésion. C’est la capacité d’un groupe à se comporter comme un bloc quand ça se complique. Et ça, ça ne se mesure pas uniquement sur des indicateurs. Ça se construit avec des leaders, des profils capables de tenir le tempo, et une sélection qui ne mélange pas trop de logiques différentes au même moment. Quand une équipe manque d’“énergie collective”, on cherche des coupables. La data devient une cible pratique. Mais la question est plus profonde: quelle part du recrutement sert à gagner tout de suite, et quelle part sert à préparer l’avenir?

Dans les échanges autour de l’ASSE, une idée revient: renverser les proportions. Passer d’un recrutement trop orienté “potentiel à développer” vers davantage de profils capables d’apporter des garanties immédiates. Pas forcément plus de “français” ou plus de “connus”. Plutôt plus de joueurs qui savent ce que signifie l’exigence d’un objectif de montée, avec une mentalité qui ne se met pas en veille au premier coup de froid.

Ce débat devient d’autant plus brûlant que l’ASSE a vécu une saison où l’équipe a semblé s’éteindre par moments. Et quand un groupe perd sa flamme, on finit par chercher une explication “technique”. Alors qu’il s’agit souvent d’un problème de dynamique: qui parle, qui recadre, qui tire, qui impose le rythme. La data peut aider à repérer des qualités. Elle ne garantit pas l’alchimie. Elle ne remplace pas le leadership.

Il y a aussi une autre nuance, plus inconfortable: la critique “data” peut parfois servir de paravent à une critique plus large du projet. Quand on ne monte pas, on ne discute plus seulement des méthodes. On discute du sens. Et le sens, à l’ASSE, c’est l’identité verte, la culture de la bataille, et la conviction que le club doit être capable de produire une équipe qui se bat, pas seulement une équipe qui “a des profils”.

Alors oui, la data peut être un outil. Oui, l’humain doit rester central. Mais surtout, l’ASSE doit arrêter de transformer un outil en bouc émissaire. Le chantier, lui, est clair: construire un groupe qui tient ensemble, avec des leaders et une proportion de recrutements qui ne laisse pas trop de place au doute. Sinon, on continuera à débattre de tableurs pendant que le terrain, lui, réclame des résultats.