À Saint-Étienne, on a une tradition: quand ça va mal, on cherche des coupables. Quand ça va mieux, on cherche des explications. Et quand ça va “moyen”, on cherche des organigrammes. L’ASSE n’échappe pas à la règle. Depuis l’arrivée de Kilmer Sports Venture, les discussions sur la structure du club ont pris de l’ampleur. Et c’est normal: quand les résultats ne suivent pas, la question “qui fait quoi?” devient une obsession.

Ce qui ressort, c’est une volonté de clarifier les rôles. On parle d’une cellule de recrutement qui se renouvelle, avec des profils présentés comme capables de combiner analyse et approche juridique, data et réseau européen. L’idée est séduisante sur le papier: un recrutement plus rationnel, plus structuré, moins dépendant des coups de poker. Probable que ce soit l’objectif. Mais l’ASSE ne vit pas sur un PowerPoint.

Le débat n’est pas seulement “qui a le meilleur CV”. Il est plus piquant: est-ce que la méthode a produit les bons profils au bon moment? Et est-ce que la complémentarité a été construite avec le coach, pas “à côté”? Plusieurs éléments évoqués laissent penser qu’il y a eu des frictions ou, au minimum, un manque de synchronisation entre les besoins sportifs et les arrivées. Niveau incertain sur les détails, mais la direction générale est claire: quand l’équipe souffre, on finit par douter de la chaîne complète.

Dans les échanges, la cellule de recrutement est parfois jugée sur des impressions: “pas ouf les CV”, “pas bossé pour des gros clubs”. C’est une grille de lecture fragile. Un CV ne garantit pas une réussite. Mais à l’inverse, un organigramme ne garantit rien non plus. Le seul juge, c’est le terrain. Et le terrain, cette saison, a montré des fragilités: blessures, choix de profils, cohérence de postes, et surtout capacité à tenir la pression.

Ce qui rend le sujet brûlant, c’est que l’organigramme n’est pas une fin en soi. Il doit servir une logique sportive. Si la cellule de recrutement identifie des talents mais que l’équipe ne devient pas une équipe, alors la méthode est incomplète. Si elle recrute des profils “utiles” mais pas “compatibles” avec un système, alors la méthode est décalée. Si elle ne sécurise pas la concurrence sur les postes clés, alors la méthode ne protège pas le groupe.

Il y a aussi une dimension culturelle. L’ASSE a besoin d’un projet qui tienne dans la durée, pas d’une succession de promesses. Les discussions sur la structure montrent une impatience: on veut des actes. Et c’est peut-être la meilleure nouvelle du moment. Quand les supporters cessent de croire aux discours et demandent des preuves, le club est obligé de se mettre en ordre de marche.

La cellule de recrutement, elle, doit désormais être évaluée sur des critères simples: la capacité à construire une ossature, à anticiper les départs, à gérer les blessures sans casser le collectif, et à fournir au coach des profils qui se répondent. Pas forcément des stars. Juste des pièces qui s’emboîtent.

En clair: l’organigramme peut être impressionnant. Mais à l’ASSE, il ne sera jugé que sur une chose. Est-ce que l’équipe tient quand ça compte? Si la réponse est non, alors les noms dans les bureaux ne calmeront personne. Et ils auraient tort de vouloir calmer. À Saint-Étienne, on préfère les preuves aux promesses.