À l’ASSE, la continuité a un parfum particulier. Elle rassure. Elle agace aussi. Parce qu’elle ressemble parfois à une excuse de plus: “on garde, on verra”. Or, après un barrage raté, “on verra” devient un luxe. Ce qui se joue maintenant, ce n’est pas seulement le nom sur le banc. C’est la mécanique entière: qui décide, qui construit, et comment l’équipe est préparée pour encaisser les coups de boutoir.

Philippe Montanier est au centre du débat. Les arguments pour le garder sont connus: il a sécurisé une défense, il a su relancer un groupe, et il connaît le championnat. Les arguments contre sont tout aussi logiques: l’équipe s’est essoufflée, l’animation offensive a manqué de mordant, et surtout les matchs à enjeu ont laissé une impression de fragilité. L’ASSE n’a pas besoin d’un entraîneur qui “fait le job”. Elle a besoin d’un entraîneur qui transforme une saison en trajectoire.

Le point le plus intéressant, c’est que le débat se déplace enfin vers le vrai nerf de la guerre: la cohérence collective. Plusieurs voix convergent vers une idée probable: l’entraîneur n’est pas le seul responsable, mais il ne peut pas être le seul bouc émissaire non plus. Quand les leaders sont absents, quand la cellule médicale et la gestion des temps de jeu créent des ajustements en cascade, quand le recrutement n’apporte pas exactement les profils attendus, l’équipe perd sa continuité. Et quand la continuité disparaît, le style devient une façade.

La question “continuer ou non” devient alors une question “à quelles conditions”. Si Montanier reste, il doit être impliqué dans le recrutement, pas seulement consulté. Il doit pouvoir exiger des profils qui collent à son système et à son exigence. Sinon, on aura une continuité de façade: le même coach, mais pas la même équipe. Et l’ASSE a déjà trop souffert de ce décalage.

Dans les échanges, une idée revient avec insistance: l’ASSE doit casser la spirale de la loose. Cela ne veut pas dire changer de coach à chaque coup de sifflet. Cela veut dire changer la logique. Arrêter de construire un effectif comme on empile des pièces qui ne s’emboîtent pas. Arrêter de croire qu’un bon début suffit à compenser une fin de saison où l’intensité s’effondre.

La continuité, si elle est choisie, doit être une continuité exigeante. Un peu comme une équipe qui apprend à gagner sans se cramer. L’ASSE doit préparer une saison complète, pas une série de matches qui fait illusion. Et surtout, elle doit éviter le scénario où l’équipe s’éteint quand la pression monte. Ce n’est pas un problème de talent brut uniquement. C’est un problème de collectif, de répétition, et de gestion des moments.

Le mercato d’été 2026 sera donc un test grandeur nature. Les arrivées ne doivent pas seulement “remplir des postes”. Elles doivent renforcer la structure. Elles doivent apporter de la concurrence sur les zones où l’équipe a vacillé. Et elles doivent permettre à Montanier de tenir son plan sans bricoler en permanence.

Au fond, l’ASSE n’a pas besoin d’un débat de salon. Elle a besoin d’un plan. Si la continuité est choisie, elle doit être accompagnée d’un recrutement cohérent et d’une préparation physique sérieuse. Sinon, la continuité deviendra une manière polie de dire: “on recommence”. Et à Saint-Étienne, on a déjà assez recommencé.