À l’ASSE, on a beau aimer les grands discours, le football ne pardonne pas les détails. Et depuis l’arrivée de Philippe Montanier, un détail revient comme un refrain: la continuité, oui… mais à condition que ce soit la bonne continuité. Pas celle qui rassure, puis qui s’endort. Celle qui impose une méthode, un cadre, et surtout un recrutement qui colle au terrain.
Le club a officialisé la nomination de Montanier jusqu’à la fin de la saison, avec une année supplémentaire en option. Et forcément, la question se pose maintenant avec une brutalité très stéphanoise: est-ce que l’entraîneur a encore besoin de temps, ou est-ce que l’ASSE a besoin d’un déclic?
Continuité ou changement: le vrai sujet, c’est le projet
Les critiques sont connues, et elles ne tombent pas du ciel. L’animation offensive a semblé s’éteindre par moments, et la fin de saison a laissé une impression de spirale négative. Probable, oui: quand les absences s’accumulent et que la confiance s’effrite, même un bon plan de jeu peut devenir un plan de survie. Mais il y a aussi une autre lecture, plus dérangeante: celle d’un projet qui n’a pas assez “pris” sur la durée, malgré les efforts.
Pourtant, il serait injuste de réduire Montanier à un simple intérim tactique. Son apport le plus tangible, c’est la capacité à remettre l’équipe dans une logique de solidité. Et dans une saison où l’ASSE a trop souvent couru après ses propres repères, retrouver une base défensive, c’est déjà une victoire. Le problème, c’est que la base ne suffit pas quand l’attaque ne convertit pas. L’ASSE a besoin d’un équilibre: une équipe qui tient, mais qui menace aussi. Pas seulement par intermittence, pas seulement quand “ça passe”.
La continuité, dans ce contexte, n’est pas un slogan. C’est un outil. Si Montanier reste, il faut que le recrutement soit pensé pour lui, pas pour une liste de souhaits qui change au gré des semaines. Sinon, on aura juste gagné quelques mois… pour recommencer le même film avec d’autres acteurs. Et l’ASSE n’a plus le luxe de jouer au théâtre de boulevard: elle a besoin d’un plan de match, pas d’une pièce en plusieurs saisons.
Il y a aussi une question de psychologie de groupe. On sent que l’équipe a parfois manqué de levier collectif: quand les joueurs ne se sentent plus protégés par le système, ils se replient. Et quand ils se replient, les automatismes disparaissent. Montanier peut être l’homme de la remise en ordre. Mais il doit être l’homme de l’exigence, pas seulement celui de la confiance. Une confiance, ça se mérite. Et ça se mesure.
Alors oui, Montanier peut rester. Mais pas “par défaut”. Pas “par confort”. Pas “par continuité”. Il doit rester parce que l’ASSE veut construire un noyau, un style, et une hiérarchie claire. Et parce que l’été doit servir à préparer la saison, pas à colmater les trous de la saison précédente.