Un logo, ça ne gagne pas un match. Ça ne fait pas non plus monter une équipe. Pourtant, à l’ASSE, le blason déclenche des réactions comme si le terrain était déjà en train de brûler. C’est dire à quel point l’identité compte. Et à quel point, parfois, elle se dispute.
Le débat est clair: certains voient dans le nouveau logo une modernisation maladroite, trop chargée, trop “compilée”. D’autres y lisent au contraire un choix assumé, un compromis qui rassemble. Entre les deux, il y a une vérité simple: un blason, c’est un langage. S’il devient illisible, s’il empile trop d’éléments, il perd sa force. Et s’il devient trop minimaliste, il perd son âme. L’ASSE cherche donc l’équilibre, mais l’équilibre, c’est rarement consensuel.
La question de la panthère, elle, est encore plus explosive. Parce qu’elle n’est pas seulement un dessin. Elle renvoie à un âge d’or, à un symbole qui a survécu au temps et aux modes. Pour certains, c’est une évidence: la panthère incarne une histoire, une continuité populaire, une figure qui a marqué le club. Pour d’autres, c’est un raccourci: un emblème trop lié à un homme, pas assez à l’ensemble, pas assez au collectif.
Ce qui rend le débat intéressant, c’est qu’il dépasse le graphisme. Il parle de la manière dont l’ASSE se raconte. Vivre dans le passé, ou s’en servir comme d’un socle? L’un voit une tradition. L’autre voit une nostalgie qui s’accroche. Et quand on parle de design, on parle forcément de trajectoire: est-ce qu’on veut “réparer” l’image, ou est-ce qu’on veut “réinventer” l’identité?
Il y a aussi un enjeu marketing, mais il ne faut pas le réduire à une obsession de “lisibilité”. Un blason n’est pas une marque d’aspirateurs. Il raconte une histoire, comme un blason de ville. Et l’ASSE a une histoire qui ne tient pas en une seule forme. Elle tient dans des symboles, des couleurs, des périodes, des joueurs, des tribunes. Le problème, c’est que tout empiler ne fait pas forcément sens. Parfois, ça fait juste… beaucoup.
Alors, que doit faire l’ASSE? Choisir une direction. Soit assumer un blason plus simple, plus lisible, plus “icône”. Soit assumer un blason plus riche, mais alors il faut que chaque élément ait une raison d’être, pas seulement une référence. Le club n’a pas besoin de plaire à tout le monde. Il a besoin d’être cohérent avec ce qu’il veut devenir.
Au fond, le logo est un miroir. Il reflète deux visions: celle d’une identité qui se modernise sans se renier, et celle d’une identité qui se renie en voulant trop plaire au futur. L’ASSE a déjà assez de défis sur le terrain. Qu’elle ne se trompe pas de combat sur le blason.