Dans un club, il y a des postes qui ne font pas de bruit. Et puis il y a ceux qui, quand ils manquent, finissent par se voir sur le terrain. L’ASSE a beau avoir des idées, des méthodes, des hommes de terrain: quand la structure sportive n’est pas tenue par une direction claire, la saison devient un exercice d’improvisation permanente.
Dans les échanges autour de l’ASSE, une phrase revient comme un diagnostic: l’absence de directeur sportif aurait été “le gros manque de la saison”. L’idée n’est pas de chercher un coupable unique. Elle est plus simple, et plus gênante: sans directeur sportif, la chaîne de décision se fragilise. Le recrutement devient plus difficile à calibrer, la gestion des profils moins lisible, et surtout la capacité à corriger en cours de route s’en trouve ralentie. Niveau probable, ce constat correspond à une logique de fonctionnement: un directeur sportif sert de colonne vertébrale entre la vision du club et l’exécution quotidienne.
Car un directeur sportif, ce n’est pas seulement “quelqu’un qui recrute”. C’est quelqu’un qui arbitre. Qui dit: ce joueur correspond à notre modèle, à notre style, à notre calendrier, à notre niveau d’exigence. Qui évite aussi les recrutements qui ressemblent à des paris de dernière minute, ou à des choix qui ne s’alignent pas parfaitement avec le plan de jeu. Quand la saison se tend, l’écart entre le papier et le terrain se paie cash.
Le problème, c’est que l’ASSE n’a pas le droit à l’erreur quand tout s’accélère. Un barrage, un mercato, une montée ou une descente: ce sont des moments où la cohérence doit être totale. Sinon, on se retrouve à empiler des solutions. Et empiler, ce n’est pas construire. C’est juste remplir des cases.
Dans ce contexte, l’ASSE doit aussi regarder sa gouvernance avec lucidité. Les débats sur le rôle exact de l’association, sur la place des décisions et sur la manière dont le pouvoir se répartit peuvent sembler lointains. Mais ils finissent par toucher un point central: qui porte la responsabilité sportive au quotidien? Qui garantit que le recrutement n’est pas une somme de bonnes intentions, mais une stratégie? Et qui a l’autorité pour trancher quand il faut changer de cap?
On peut comprendre que les clubs aient des structures complexes. On peut même comprendre qu’il y ait des sensibilités différentes. Mais quand la saison exige une direction sportive nette, la complexité devient un handicap. L’ASSE a besoin d’un pilote. Pas d’un comité qui se réunit pour “voir”. Un pilote qui assume, qui anticipe, et qui corrige.
La saison n’est pas finie, et l’ASSE a encore des rendez-vous qui comptent. Mais si l’on veut éviter que les mêmes symptômes reviennent, il faudra traiter la cause: la structure sportive. Parce que le football, lui, ne pardonne pas les trous dans la raquette. Il les transforme en buts encaissés.