À Saint-Étienne, on peut aimer le football pour ses émotions. Mais on ne peut pas vivre de l’émotion. Quand les saisons s’étirent et que les choix semblent parfois improvisés, une question revient avec une régularité de métronome: qui tient la ligne sportive, au-delà des matchs? Et surtout: qui garantit la cohérence entre recrutement, méthode de jeu, et continuité de l’effectif?

Dans les conversations qui agitent l’ASSE en ce moment, l’absence d’un directeur sportif est présentée comme le manque central. L’idée n’est pas de chercher un coupable commode. L’idée est plus rude: sans une fonction clairement identifiée, la stratégie devient une somme de décisions partielles. On peut avoir des moyens, des idées, des entraîneurs compétents. Si la structure ne relie pas tout, le club avance en zigzag. Et en Ligue 2, le zigzag coûte cher.

Ivan Gazidis, lui, a pris la présidence dans un contexte où l’exigence est affichée. L’ASSE a communiqué sur ce changement de gouvernance, et sur la responsabilité qui va avec. Mais la responsabilité, ce n’est pas un slogan. C’est une mécanique. Et une mécanique, ça se prouve par des actes: une organisation qui recrute avec une logique, qui sécurise les profils, et qui évite que l’équipe change de direction à chaque tempête.

Une structure, ou des saisons qui s’effritent

Le directeur sportif, dans l’esprit de ceux qui réclament cette fonction, n’est pas un “chef de plus”. C’est le garant du fil rouge. Celui qui dit: voilà ce qu’on veut construire, voilà les profils qui servent ce projet, voilà comment on protège l’entraîneur des urgences permanentes. Sans lui, le club peut se retrouver à courir après les besoins du moment, à empiler des solutions, puis à s’étonner que la cohésion tarde à venir.

Ce qui rend le sujet brûlant, c’est que l’ASSE n’est pas un club sans ressources. Elle a des moyens, elle a un stade, elle a une histoire. Alors oui, il y a une forme d’irritation quand la structure semble en retard sur l’ambition. Et il y a aussi une forme d’humour acide, parce qu’on a tous déjà vu des équipes “bien intentionnées” se faire punir par la réalité: un projet sans continuité, c’est comme une défense sans repères. Ça tient un moment. Puis ça craque.

Probable, donc: la prochaine étape ne sera pas seulement tactique. Elle sera organisationnelle. L’ASSE a besoin d’une direction sportive qui transforme les intentions en trajectoires. Et si le club veut que les joueurs progressent, que les recrutements aient du sens, et que l’entraîneur ne soit pas un pompier permanent, alors la question du directeur sportif n’est pas un détail de coulisses. C’est un levier de performance.

Gazidis a désormais la responsabilité de faire en sorte que le club ne soit plus une addition de séquences. Il doit devenir une ligne. Et à Saint-Étienne, une ligne, ça se juge vite. Très vite.