Six millions. Un chiffre qui claque comme une barre transversale en fin de match. Et, autour, un silence qui pèse. L’ASSE vit un drôle d’hiver: celui où le poste de sentinelle, déjà fragile, se retrouve au centre d’un dossier Ekwah devenu aussi coûteux que flou. Le problème n’est pas seulement comptable. Il est sportif, immédiat, et il touche à la colonne vertébrale d’une équipe qui vise la montée sans toujours se donner les moyens de la sécuriser.

Ce qui rend l’affaire irritante, c’est l’incertitude. Probable: un désaccord profond entre le joueur et le club sur la suite, ou sur les conditions d’un engagement qui devait être limpide. Incertain: la part exacte de responsabilité de chacun, et surtout la capacité de l’ASSE à reprendre la main rapidement. Dans ce brouillard, une chose est nette: quand ton “6” disparaît du paysage, tu ne perds pas seulement un joueur. Tu perds un pare-chocs. Et en Ligue 2, sans pare-chocs, tu finis vite à la casse sur la première transition adverse un peu sérieuse.

Le plus cruel, c’est que l’ASSE n’a pas le luxe d’attendre. Le calendrier ne fait pas de cadeaux, et le prochain déplacement à Reims, le samedi 24 janvier 2026 à 20h, arrive comme un contrôle technique grandeur nature. Dans ce contexte, l’idée de “tenir jusqu’à l’été” ressemble à une stratégie de survie, pas à un plan de montée. Or, la montée, ça se prépare avec des certitudes, pas avec des paris à court terme sur la bonne volonté du destin.

Un poste, une philosophie: quand le projet se heurte au besoin d’un patron

Le poste de “6” est un révélateur. Il dit tout de la tension entre le long terme et l’urgence. L’ASSE veut construire, structurer, anticiper. Très bien. Mais le football n’est pas un tableur: il te demande parfois un joueur prêt, tout de suite, capable de calmer un match, de couper une contre-attaque, de parler à ses centraux, de faire respirer l’équipe. Ce profil-là coûte cher, oui. Et il ne se recrute pas en claquant des doigts, encore plus quand l’attractivité sportive est discutée. Mais l’absence de solution claire finit par coûter plus cher que le salaire d’un cadre: elle coûte des points.

Dans l’immédiat, l’ASSE bricole. Elle peut compenser par l’organisation, par un milieu plus travailleur, par une discipline collective renforcée. Elle peut aussi s’appuyer sur des profils déjà là, capables de dépanner, de courir, de fermer. Mais dépanner n’est pas régner. Et la Ligue 2, elle, ne pardonne pas longtemps les milieux sans patron: tu peux gagner moche une fois, deux fois, mais tu ne montes pas sur une série de “ça ira bien”.

Ce dossier Ekwah, au fond, est un test de crédibilité. Pas un procès. Un test. Si l’ASSE veut être un club qui maîtrise son projet, elle doit montrer qu’elle maîtrise aussi ses urgences. Et qu’à 6 M€, on n’achète pas seulement un joueur: on achète une responsabilité. Probable: l’hiver vert se jouera autant sur la capacité à verrouiller ce poste que sur la qualité des attaquants. Incertain: la vitesse à laquelle le club pourra corriger le tir.