À l’ASSE, on peut gagner des matchs et perdre des saisons. Et parfois, la différence ne se joue pas sur la pelouse, mais dans l’organigramme. Sébastien Joseph, ancien entraîneur de l’équipe féminine, a choisi de remettre des mots sur ce qu’il a vécu. Pas pour faire joli. Pour expliquer un décalage, une impression de solitude, et un manque qu’il juge décisif: l’absence d’un directeur sportif.

Le sujet est presque trop simple à première vue. Un directeur sportif, c’est un poste. Un organigramme, c’est une case. Sauf que, dans un club, la case devient une boussole. Elle dit qui décide, quand on décide, et surtout comment on construit. Quand cette boussole manque, tout le monde peut courir, personne ne sait forcément où aller. Et dans le football féminin, où les cycles de recrutement, de formation et d’intégration doivent être particulièrement cadrés, le moindre flou finit par coûter cher.

Joseph insiste sur un point qui dérange: la construction ne peut pas reposer sur la seule bonne volonté d’un staff. Il faut une architecture. Des choix cohérents. Une logique de recrutement qui dépasse l’urgence du moment. Et un pilotage capable de tenir la route quand les résultats ne suivent pas. Son message, au fond, ressemble à une alarme: sans direction sportive réelle, le projet s’éparpille. Et l’équipe, elle, encaisse.

Ce qui rend l’affaire plus piquante, c’est le contexte. Joseph a été licencié après des propos injurieux envers un arbitre, une décision officielle qui a fait du bruit. Probable que ce passé pèse sur la réception de ses mots. Mais même en mettant de côté la polémique, il reste une question de fond: comment un club peut-il prétendre structurer une section sans lui donner les moyens d’être pilotée comme un projet à part entière?

Le football féminin n’est pas un laboratoire où l’on teste des bricolages. C’est un championnat, avec ses exigences, ses rythmes, ses contraintes. Et si l’ASSE veut que ses ambitions ne soient pas seulement des slogans, il faudra que la méthode suive. Un directeur sportif n’est pas une baguette magique. Mais c’est souvent le premier rempart contre le chaos discret: celui qui ne se voit pas sur les feuilles de match, mais qui se ressent dans la durée.

À Saint-Étienne, on aime les identités. Alors autant que l’identité soit accompagnée par une structure. Parce que, sinon, le club risque de continuer à courir après ses propres décisions, comme si le ballon avait toujours une longueur d’avance… sauf que c’est le projet qui décroche.