Un coach, une idée, et un club qui n’a plus le temps

À Saint-Étienne, une phrase peut faire plus de dégâts qu’un contre mal négocié. Eirik Horneland en a fait l’expérience avec cette citation sur la relégation et les “compromis”, reprise de manière contestée. Le fond, pourtant, est assez lisible: il n’a pas voulu descendre, mais il veut poursuivre un processus, en acceptant que tout ne se mette pas en place immédiatement. Dit comme ça, ce n’est ni une déclaration d’amour à la Ligue 2, ni une capitulation. C’est une posture de technicien: tenir une ligne directrice, même quand le contexte pousse à tout jeter par la fenêtre.

Le problème, c’est que l’ASSE vit dans l’urgence. La Ligue 2 ne pardonne pas les périodes de flou, et le club n’a pas été relégué pour écrire un roman d’apprentissage. Il a été relégué pour remonter. Alors forcément, quand les résultats ne collent pas à l’ambition, la moindre formule devient un prétexte à l’incendie. Et Horneland, avec son projet de jeu assumé, parfois rigide, offre une cible parfaite: on peut lui reprocher le dogme, la gestion des temps de jeu, certains choix forts, et même cette impression que l’équipe a parfois renoncé tactiquement sur des séquences de saison.

Mais il faut distinguer deux choses. D’un côté, la polémique de mots, souvent alimentée par des raccourcis. Là, on est dans le bruit, pas dans l’analyse. De l’autre, les critiques sportives, elles, sont bien réelles. La gestion de certains joueurs, des choix de composition dans des matchs à haute tension, la capacité à être plus pragmatique quand le match l’exige: ce sont des sujets sérieux. Et ils ne disparaîtront pas avec une meilleure traduction.

Horneland reste un entraîneur avec une idée claire. C’est déjà beaucoup dans un club qui a longtemps navigué à vue. Il n’est pas non plus totalement décroché des objectifs, ce qui rend le procès en incompétence totale souvent excessif. Mais il marche sur une ligne de crête: s’il ne transforme pas rapidement son projet en points, la pédagogie ne suffira plus. À l’ASSE, on peut accepter un plan. On accepte moins longtemps l’absence de résultats. Et c’est là que janvier devient un mois charnière: retours de joueurs, ajustements, mercato, dynamique. Le terrain, lui, ne cite personne. Il tranche.