Un coach ne perd pas son idée en trois semaines, mais une équipe peut perdre son fil
Philippe Montanier n’a pas débarqué à Saint-Étienne pour faire de la figuration. Il a apporté du calme, une méthode, et, pendant un temps, une impression de cap. Puis, d’un coup, l’ASSE a recommencé à ressembler à une équipe qui doute de tout: de ses passes, de ses courses, et parfois même de son voisin de vestiaire.
Le match de Rodez a été un résumé cruel. L’ASSE a tenté, a poussé, a fini par marquer par Cardona… mais a surtout donné l’image d’un collectif qui se désagrège dès qu’il faut gérer un moment clé. Le but tardif n’a pas changé la sensation: Sainté joue avec le frein à main émotionnel.
Dans ce genre de période, on adore chercher une cause unique. La tactique, les choix, les remplacements, le système. Tout ça compte, évidemment. Mais le vrai sujet, celui qui explique les mêmes scènes qui reviennent, c’est la cohérence collective. Une équipe qui défend mal n’est pas forcément une équipe mal organisée: c’est souvent une équipe qui ne se parle plus assez sur le terrain, qui n’ose plus prendre la responsabilité d’un geste simple, qui attend que “quelqu’un” fasse la différence.
Montanier, lui, est face à un défi très particulier: il doit gagner un match décisif tout en réparant une dynamique interne. Ce n’est pas contradictoire, c’est même lié. Parce que la montée, à ce stade, n’est plus seulement une affaire de niveau. C’est une affaire de nerfs, de hiérarchie assumée, de leaders qui tirent l’équipe vers le haut quand le ballon brûle.
Le plus urgent, c’est de redonner des repères. Des repères de jeu, oui, mais surtout des repères de rôle. Qui déclenche le pressing? Qui couvre quand ça part en transition? Qui parle au milieu quand ça s’étire? Qui calme quand ça s’emballe? Une équipe peut survivre à des absences. Elle survit beaucoup moins bien à l’absence de responsabilités clairement partagées.
Et c’est là que Montanier est attendu. Pas en magicien. En chef d’orchestre. Celui qui accepte de faire des choix lisibles, parfois impopulaires, mais cohérents. Celui qui remet les joueurs dans leurs zones de confort utiles, pas dans des bricolages qui finissent par ressembler à une punition collective.
Si l’ASSE doit se relever, ce ne sera pas avec une phrase choc ou une causerie hollywoodienne. Ce sera avec une équipe qui se remet à courir ensemble, à défendre ensemble, à attaquer ensemble. Le football est cruel: il ne récompense pas toujours le talent. Mais il récompense presque toujours les équipes qui se tiennent.