Le score est petit, le signal est grand
Perdre 3-2 chez les U15, sur le papier, ce n’est pas une tragédie nationale. Ce n’est pas un soir de barrage, ce n’est pas une montée qui s’envole, ce n’est pas un mercato raté. C’est un match de jeunes. Et pourtant, c’est précisément pour ça que ça dérange: parce que la formation, à Saint-Étienne, n’a jamais été un simple décor.
Le résultat à Villefranche (3-2) s’ajoute à une impression plus lourde: l’ASSE ne fait plus peur, même chez les plus jeunes. Les adversaires ne viennent plus “se mesurer”, ils viennent pour gagner. Et ils gagnent. Régulièrement. Quand une équipe de formation commence à banaliser la défaite, ce n’est pas seulement une question de talent. C’est une question de standards.
On peut toujours expliquer un match: une mi-temps ratée, un manque de réalisme, une erreur individuelle. Mais quand la saison installe une dynamique, l’explication devient structurelle. Le plus inquiétant, ce n’est pas de perdre. C’est de perdre sans que cela paraisse exceptionnel. Comme si l’ASSE, à cet âge-là, était devenue un club “comme les autres”. Or, l’ASSE n’a jamais survécu en étant “comme les autres”.
Les buteurs cités, Alexandre Boute et Dixon Ahmadi, existent bien dans l’effectif U15 du club cette saison. Cela confirme au moins un point: il y a des profils identifiés, des joueurs qui marquent, qui comptent.
Mais un buteur ne suffit pas à faire une équipe. À 14-15 ans, ce qui compte, c’est la capacité à imposer un cadre: intensité, discipline, maîtrise technique sous pression. Si l’ASSE se retrouve à courir après le score trop souvent, c’est que quelque chose se dérègle dans la chaîne: recrutement, préparation, accompagnement, ou simplement niveau de génération. Probable qu’il y ait un mélange de tout ça. Incertain, en revanche, que le club puisse se permettre de relativiser trop longtemps.
Parce que les U15, ce n’est pas un résultat isolé. C’est le début d’une histoire. Et si l’histoire commence par “on est neuvièmes sur douze” et “on est derrière des clubs plus petits”, alors l’ASSE se prépare des lendemains où la réserve manquera de profils, où l’équipe première manquera de solutions, et où le club devra acheter ce qu’il ne sait plus produire.
Saint-Étienne a le droit de traverser une mauvaise génération. Elle n’a pas le droit de s’habituer à l’idée que c’est normal. La formation, c’est une culture. Quand elle se fissure, on ne l’entend pas tout de suite. Mais on la paie, toujours, quelques années plus tard. Avec intérêts.