Un attaquant jugé au bruit, pas au jeu
À Saint-Étienne, un attaquant n’a pas besoin d’être muet très longtemps pour que le stade commence à parler à sa place. Lucas Stassin en a eu un aperçu contre Clermont. Sorti en fin de match, il a senti la température. Pas forcément une tempête, mais ce petit vent froid qui annonce que la patience n’est pas une ressource illimitée, même quand on gagne.
Sportivement, le dossier est moins simple qu’un “il marque / il ne marque pas”. Stassin offre la passe décisive sur le but de Boakye. Il participe, il se rend disponible, il propose des remises. Ce n’est pas un fantôme. Mais il y a aussi ces séquences où il semble jouer loin du but, où l’ASSE ne le sert pas assez vite, où l’action meurt avant d’avoir vraiment commencé. Dans une équipe qui peine à enchaîner, l’avant-centre finit souvent par ressembler à un joueur isolé sur une île, avec une bouteille à la mer pour seule munition.
Le vrai sujet, c’est l’écart entre le statut et la perception. Stassin est attendu comme un joueur capable de faire basculer une saison. Or, sur ce match, il est surtout un joueur qui aide l’équipe à gagner… sans la porter. C’est différent. Et à Geoffroy-Guichard, la nuance a parfois du mal à se frayer un chemin entre deux inspirations et un soupir collectif.
Il y a aussi un point à surveiller: la confiance. Un attaquant qui doute, ça se voit dans les gestes simples, dans la prise de décision, dans la demi-seconde de trop. Probable que Stassin traverse une période où il a besoin d’un but “sale”, un ballon qui traîne, une frappe contrée, n’importe quoi, du moment que ça rentre. Le football est cruel: on pardonne beaucoup à un numéro 9 quand il marque, et on lui reproche même sa respiration quand il ne marque pas.
La sortie de crise, elle est connue. D’abord, retrouver une continuité dans le jeu collectif pour qu’il ne vive pas de miettes. Ensuite, clarifier son rôle: point d’appui, finisseur, ou les deux. Enfin, accepter que la pression fait partie du contrat, surtout dans un club où l’attaquant est souvent le premier responsable… et rarement le premier servi.
Stassin n’est ni un problème insoluble, ni un sauveur automatique. Il est un baromètre. Et en ce moment, l’aiguille tremble.