Le football, ce sport où l’on finit par parler procédure
À Saint-Étienne, on voulait parler de montée, de pressing, de dernier ballon à gratter à Rodez. Et voilà que le sujet revient par la porte institutionnelle: le Sénat, les textes, les délais, les avis motivés. Le genre de vocabulaire qui ne fait pas trembler les filets, mais qui peut changer l’air autour d’un stade.
Ce mercredi 29 avril 2026, L’Équipe rapporte qu’un amendement a été déposé par le sénateur de la Loire Pierre-Jean Rochette dans le cadre de l’examen du projet de loi RIPOST porté par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. L’article 4 du texte concerne les interdictions administratives de stade (IAS). Et l’amendement viserait à imposer à la commission compétente la publication d’un avis motivé dans un délai de sept jours. C’est factuel, daté, et ce n’est pas anodin.
Pourquoi l’ASSE est directement dans le viseur du sujet? Parce que le club vit depuis plusieurs semaines avec une épée au-dessus de la tête: la menace de dissolution visant ses groupes ultras historiques. Là encore, l’article rappelle une audition le 13 avril et l’attente d’une décision. Le football, dans ces moments-là, n’est plus seulement un match. C’est un climat. Et un climat, ça pèse sur tout: l’ambiance, la perception extérieure, la relation avec les autorités, et même la manière dont le club se raconte.
Ce qui change avec cet amendement, si l’on se place du point de vue du terrain social, c’est la question de la lisibilité. Un avis motivé, publié rapidement, c’est une tentative de rendre la procédure moins opaque. Ce n’est pas une garantie de résultat. Ce n’est pas un bouclier magique. Mais c’est un pas vers une forme de traçabilité: savoir sur quoi une décision se fonde, et dans quel calendrier elle se construit.
Il faut rester prudent sur la portée immédiate. Un amendement n’est pas une loi. Et une loi n’est pas une application automatique sans interprétation. Donc, à ce stade, l’effet concret est incertain. En revanche, le signal politique est probable: le sujet des IAS et des procédures autour des supporters n’est plus cantonné aux communiqués et aux tensions de fin de match. Il entre dans un débat plus large, avec des élus qui s’en emparent, et avec l’ASSE comme cas emblématique, qu’elle le veuille ou non.
Au fond, c’est peut-être ça le plus stéphanois dans l’histoire: même quand le ballon roule, le club continue d’exister comme un fait social. Parfois glorieux. Parfois encombrant. Souvent impossible à ignorer.