Il y a des semaines où l’ASSE avance avec un sac de sable sur le dos. Et puis il y a celles où on ouvre le sac… et on découvre qu’il est rempli de milieux de terrain. Le timing est cruel: à deux jours d’un ASSE–Troyes qui sent la poudre, Saint-Étienne doit composer sans Mahmoud Jaber, annoncé forfait jusqu’à la fin de saison. Et avec Florian Tardieu qui, lui, glisse dangereusement vers la case “très incertain”.
Ce n’est pas un simple contretemps. C’est une fissure structurelle. Parce que le milieu, à l’ASSE, n’a jamais été un luxe cette saison: plutôt une zone à surveiller, un endroit où l’équilibre tient souvent à un fil. Quand ce fil s’appelle Jaber, et qu’il casse, tout le reste se met à tanguer.
Un trou au cœur du jeu, et une course qui n’attend personne
Jaber, c’était la pièce qui donnait du sens à beaucoup de séquences: de l’intensité, de la lecture, une capacité à fermer des portes avant même que l’adversaire n’ait l’idée de les ouvrir. Son absence oblige à réécrire la partition au moment où l’ASSE n’a plus le temps de répéter. C’est probable que Montanier cherche d’abord la solution la plus simple: sécuriser l’axe, réduire les risques, accepter de jouer un peu moins “joli” pour jouer plus “solide”.
Le cas Tardieu ajoute une couche d’inconfort. Ce n’est pas nouveau que le joueur traîne une image de fragilité, mais l’important n’est pas la réputation: c’est la réalité du sprint final. Une blessure musculaire en phase de reprise, c’est le genre de détail qui fait grimacer tout un staff. Et quand l’ASSE se retrouve privée de deux cadres potentiels au milieu, la question n’est plus “qui est titulaire?”, mais “qui tient 90 minutes sans que le plan ne s’écroule au premier pépin?”.
La conséquence la plus directe, c’est tactique. Avec un milieu amoindri, l’ASSE peut être tentée de densifier autrement: une défense à trois pour protéger l’axe, des pistons pour donner de la largeur sans demander au cœur du jeu de couvrir tout le terrain. Ce n’est pas une révolution romantique, c’est une adaptation de survie. Probable, donc, de voir Saint-Étienne chercher une structure qui limite les courses inutiles au milieu et qui sécurise les transitions, surtout face à une équipe comme Troyes qui sait punir quand on s’étire.
Reste l’autre effet, plus sournois: l’effet domino. Quand le milieu est sur un fil, la moindre suspension, la moindre alerte, le moindre joueur “un peu juste” devient un problème majeur. Et dans une fin de saison où chaque match ressemble à un examen oral, l’ASSE n’a pas besoin d’un stress supplémentaire. Elle l’a déjà, merci.
La bonne nouvelle, s’il faut en trouver une, c’est que cette équipe a encore des arguments. Elle peut encore aligner un onze capable de battre Troyes. Mais elle le fera avec un milieu bricolé, donc avec une obligation: jouer juste, jouer simple, et surtout jouer ensemble. Parce que sans Jaber, l’ASSE ne peut pas se permettre de jouer en solo. Pas maintenant.